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Le port de Bonneuil

Jusqu’au début du 20ème siècle, l’île Barbière est constituée d’une vaste plaine marécageuse à vocation agricole, inondée lors des crues les plus importantes de la Marne. Son nom, insula Barbariae,  pourrait découler de celui de la famille qui la possédait au moyen âge, évoquer les Mérovingiens (« rois barbares ») qui séjournèrent à Bonneuil au 7ème siècle, ou rappeler un groupe de paysans gaulois qui se serait insurgé au 3e siècle contre les romains.


Carte "Cassini" - 18e siècle

Elle est alors délimitée au sud par le Morbras, qui la longe d’est en ouest non loin de l’actuelle darse Sud et la sépare du village de Bonneuil. Sous l’ancien régime, le seul moyen d’accès à l’île depuis Bonneuil est un pont sur le Morbras appartenant aux seigneurs de Bonneuil, dans le prolongement de l’actuelle rue Alfred Gillet. A la fin du 19e siècle, les bords de Marne ont vu apparaître des activités de loisirs, en particulier vers le Moulin-Bateau.

Le chemin de fer arrive en 1875 (ligne Bastille – Sucy-Bonneuil) et le tramway électrique en 1901. Un pont métallique permanent relie l’île à Saint-Maur depuis 1894. Désormais plus accessible, l’emplacement est choisi durant la Grande Guerre, en 1915, pour construire un grand port militaire relié à la Seine et au chemin de fer. Il s’étendra sur deux kilomètres entre le Bec du canard et la seconde jonction du Morbras et de la Marne.

Les travaux débutent en 1916. Ils sont réalisés par des soldats français du Génie puis, à partir de 1917, par des prisonniers de guerre autrichiens (voir La Grande Guerre). Des prairies inondables sont remblayées. Un réseau de rails est construit, raccordé à la voie de chemin de fer qui relie maintenant Bastille à Brie-Comte-Robert.

Le trafic portuaire devient vite important : 500 000 tonnes en 1917, 800 000 en 1918, principalement constitué de matériel militaire, de munitions et de charbon à usage domestique. Trois kilomètres de quais sont disponibles, dont la moitié sur la darse intérieure (actuelle darse Nord). Les énormes grues offertes par l’armée américaine y déchargent les marchandises en provenance du Havre ou de Rouen. Les bureaux du port sont installés sur l’île, ainsi qu’un dépôt de blé et un camp de prisonniers. Une petite ville de baraques naît autour des installations.


Le port en 1933

La fin de la guerre se traduit par une brusque diminution de l’activité. La construction du port n’est pas terminée, mais son utilité est maintenant moins évidente. L’armée abandonne le site, dont la gestion revient dans un premier temps à l’Office National de la Navigation, puis à la Chambre de Commerce. Les engins mécaniques, inactifs, stationnent dans des parcs.

Pour redonner vie à ce vaste ensemble bien équipé et relié au réseau ferré, des travaux d’aménagement reprennent au début des années 20, en partie grâce aux réparations de guerre. Ils durent près de dix ans. La création sur l’île d’une zone industrielle est décidée. Un second bassin, la darse Sud, est achevé vers 1930 à proximité de la branche du Morbras qui séparait l'ile Barbière du centre ville. Le port est à nouveau géré par l’Office National de la Navigation à partir de 1932.


Cimetière de bateaux
(cliquer pour agrandir)

L’activité reprend progressivement et contribue à l’industrialisation de la ville. En 1933, le trafic encore très inférieur à celui de 1918 est remonté à 100 000 tonnes, et les 15 grues à vapeur effectuent des transbordements directs entre trains et péniches. Mais le développement reste lent et difficile. La darse Nord est en partie un cimetière de bateaux. Au milieu des années 30, les industries qui s’implantent dans le port se concentrent surtout autour du pont de Bonneuil à Saint-Maur et au pied du parc du Rancy, sur l’ouest de la darse Sud. On y trouve entre autres les usines Lancia, Colas, la teinturerie Longpied, dans l’ancien parc du château, ou l’usine de serrures et fermetures du maire Périer.

L’armée Allemande exploite le port durant la seconde guerre mondiale, et différents actes de sabotage y sont organisés par la résistance.

Désormais deuxième port d’Ile de France, le port de Bonneuil est administré depuis la fin des années 60 par l’établissement public du Port Autonome de Paris. Sa plate-forme multimodale permet aux entreprises de combiner transport fluvial, routier et ferroviaire.


C.Seguin

Date de publication : 09/02/2012 - Imprimer Haut de page



 

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