Vendre les aéroports d’Orly, Roissy et Le Bourget ? Pour déjà plus d’un million de citoyennes et citoyens, c’est non ! C’est en effet le nombre de soutiens validés par le Conseil constitutionnel en faveur d’un référendum sur le projet de privatisation d’Aéroports de Paris. Et la mobilisation ainsi que la course aux signatures s’amplifient. Objectif : 10 % de soutiens avant le 12 mars !

Privatiser les aéroports de Paris, de quoi s‘agit-il ?

La loi Pacte, adoptée en avril 2019 par la majorité à l’Assemblée nationale, a ouvert la voie en effet à la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Actionnaire majoritaire, l’État cèderait ses parts, soit 50,6%, aux investisseurs privés pour un gain total de 10 milliards d’euros. Parmi les candidats à l’achat qui se sont déjà présentés : le groupe français Vinci, déjà propriétaire d’autoroutes, ainsi que des fonds d’investissement basés aux États-Unis et en Australie.

Une décision qui, selon l’ensemble de l’opposition, du parti communiste à la droite républicaine, est inacceptable et ne peut se prendre sans consultation citoyenne. Selon elle, la privatisation d’ADP, opérateur à caractère de service public national, pose de profondes questions économiques, sociales, environnementales et d’aménagement du territoire. C’est pourquoi 248 parlementaires de tous bords politiques ont engagé une procédure historique : le Référendum d’initiative partagée (RIP). C'est l'opportunité pour tous les électeurs de s'exprimer sur le projet de privatisation d’ADP. Pour que le référendum soit validé et lancé, 4,7 millions de signatures (soit 10% du corps électoral) sont nécessaires avant le 12 mars 2020. Selon un sondage publié début juillet par le site d’information HuffPost, 75% des Français sont prêts à signer.

Depuis cet automne, la mobilisation s’accélère, et ce malgré l’absence quasi totale de communication de l’État et la complexité que présente la démarche pour déposer son soutien au RIP. La mobilisation s‘amplifie notamment à Bonneuil, où la municipalité a ouvertement pris position contre la privatisation. À l’heure où nous écrivons ces lignes, 526 électeurs et électrices de Bonneuil, soit 6% des inscrits, ont signé l’appel à soutien. Elle est ainsi la première commune du Territoire Sud Est Avenir à franchir le cap des 5%, et une des premières du Valde-Marne.

« Désormais, nous devons atteindre les 10% à Bonneuil, appelle le maire Patrick Douet. Et même plus ! D’autant que le président de la République ne semble pas prêt à tenir l’engagement qu’il a pris le 25 avril dernier devant les Français, à savoir : tenir un référendum dès le million de soutiens franchi. »

Pourquoi Aéroports de Paris doit rester public

«Un aéroport, sa principale source de gestion, ce sont ses boutiques et ses duty shops. Est-ce que c’est le rôle de l’État de faire ça, évidemment non. » Comme l’a si clairement énoncé Julien Denormandie, ministre de la Ville, pour le Gouvernement : ADP est surtout un grand centre commercial que l’État n’a pas vocation à gérer.

Et pourtant, comme le clament l’opposition parlementaire ainsi qu’un large front constitué d’élus locaux, d’associations et de syndicats, ADP est avant tout la première porte d’entrée sur le territoire national et le premier propriétaire foncier d’Île-de-France avec 6 686 hectares d’infrastructures et de terrains. ADP c’est le numéro un européen de la gestion aéroportuaire et le leader mondial de la conception et de l’exploitation d’aéroports avec 26 aéroports dans le monde et 281,4 millions de passagers en 2018. Son chiffre d’affaires s’élève à 4,48 milliards d’euros. Après EDF, c’est la deuxième valeur boursière de l’État qui détient 50,6% des parts. ADP rapporte ainsi aux Français près de 200 millions d’euros de dividendes chaque année.

C’est pourquoi privatiser ADP pose de profondes questions de rationalité économique ainsi que des problématiques sociales, environnementales et de sécurité. « Pour l’unique aéroport d’Orly, il est à craindre une forte attente de rentabilité de la part des futurs actionnaires privés. Cela représente un danger notamment pour plus de 100 000 emplois locaux », avertit Christian Favier, président du Département du Val-de-Marne. « Si le capital devient privé, l’actionnaire recherchera une rentabilité maximale, alerte également le maire Patrick Douet, dénonçant une perte de souveraineté. C’est risquer que le futur groupe privé choisisse d’utiliser les pistes au maximum de leur potentialité - y compris la piste 4, celle-là même qui a provoqué de juillet à décembre d’importants survols de notre commune - et remette en cause le couvrefeu actuel, de 23h30 à 6h, avec la mise en « open sky » de la plateforme ».

Le fiasco de l’aéroport de Toulouse

Fin 2014, l’État décrète la privatisation partielle de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB). Il est alors racheté par un actionnaire chinois, Casil Europe, pour 308 millions d’euros. Mais très vite, les promesses d’investissement faites à la cession s’envolent, alors qu’il devait participer notamment au financement de la troisième ligne de métro de la ville. Pire, pendant 4 ans, l’actionnaire chinois a largement pioché dans les réserves financières de l’aéroport, décaissant près de 15 millions d’euros de dividendes pour la seule année 2016. Dans un rapport de 2018, la Cour des comptes a estimé que cette privatisation est « un échec » puisqu’elle a rendu la situation d’ATB « ambiguë » et « instable ». Aujourd’hui, l’avenir de l’aéroport est incertain. Casil, qui a annoncé vouloir vendre ses parts, devrait les céder, selon les dernières informations, au groupe Eiffage.

Le RIP en quelques clics :

Tout citoyen français, inscrit sur les listes électorales, peut prendre part au référendum d’initiative partagée (RIP), contre la privatisation d’Aéroports de Paris, en se déplaçant en mairie ou via internet. La date limite est fixée au 12 mars 2020 inclus. Muni·e d’une pièce d’identité ou idéalement de votre carte électorale, connectez-vous sur le site officiel referendum.interieur.gouv.fr

Cliquez ensuite, dans la barre de menu, sur « Déposer un soutien ». Un encadré mentionnant le texte en question apparaît alors : il nécessite de cliquer sur la case « je soutiens » puis de valider pour accéder à la première partie du formulaire (Voir ici nos conseils pour participer le plus facilement possible). Ensuite, vous devrez vous munir de votre carte d’identité ou de votre passeport pour confirmer votre soutien.

Après une dernière confirmation et un formulaire de sécurité, vous pourrez télécharger votre récépissé et le conserver précieusement. À ce jour, 1 039 100 signatures ont déjà été recueillies…

 

Ce qu'ils et elles en disent