Infirmières, parents, retraités, salariés, agents en première ligne, bénévoles d’associations solidaires, dirigeants de clubs sportifs… Comment vivent-ils au quotidien la pandémie de Coronavirus, le confinement ou leurs conditions de travail en cette période d’État d’urgence sanitaire. Témoignages…

Sommaire

Charlène KHAMOUGUINOFF Aide-soignante à l’hôpital intercommunal de Créteil

Luis RIZZO Agent municipal, volontaire pour le portage des repas à domicile

Jean-Georges BELMONT Président du comité local du Secours populaire français

Laure CHOEL 80 ans, habitante de la rue Frédéric-Mistral

Florbela GUILLAUME Propriétaire du salon « Amenzo coiffure », avenue du Colonel Fabien

Sokun CHEAV Pharmacien 23 avenue du colonel Fabien

Broby AKMEL 33 ans, entrepreneur, marié, père de deux enfants, quartier libertés

Justine UNZEL 32 ans, danseuse professionnelle et professeure de danse au CSMB

Julie DENIS 37 ans, aide-soignante réserviste et voisine solidaire, mère de trois enfants de 5, 7 et 10 ans

Jonathan DELAHAYE Directeur de l’antenne Croix rouge de Bonneuil

Gilles GATINEAU Président de la section football du CSMB (546 licenciés)

Ferhat BENCHELOUCHE Pâtissier au Fournil de Bonneuil, 15 av. du Colonel-Fabien

Adam BOUFERMACHE 16 ans, lycéen en filière communication visuelle

Maria TADDEI Veuve, 78 ans, Haut-Bonneuil

Amhed ZEROUAL 55ans, conducteur de bus à la RATP et habitant du Haut-Bonneuil

Cyril TOURON, 38 ans, habitant du quartier Libertés, réquisitionné par le ministère de la Santé

Anthony LE BOSSÉ, professeur principal d’une classe de 4e Segpa à l’Érea Stendhal

Anne-Marie THEPAULT, institutrice et directrice de l'école Notre-Dame

Martine FORGEARD, animatrice au centre de loisirs Danielle-Casanova

Thierry ALBESPY, 46 ans, agent municipal de la propreté urbaine

Sonia GUERREIRO, 39 ans, serveuse au bar restaurant La Bonneuilloise

Saïd OUHSSAINE, 62 ans, est épicier dans le centre ancien

Jean-Olivier GUERRIER, 27 ans, agent à l'imprimerie municipale et volontaire pour le renfort du service social

Thierry GREGO, président de l’association locale Aframe et cadre infirmier à l’hôpital Joffre-Dupuytren

Aurélie GENDRON, responsable du service municipal état civil, élections et funéraire

Geneviève DONADIER, gardienne d'immeuble à Bonneuil

Delphine JOUBERT, directrice adjointe à la direction solidarité, coordinatrice du Projet de réussite éducative (PRE)

Eddy DORSAINVIL, nutritionniste et diététicien

Bernard BENOIST, président de l’association Face 94 et dirigeant de l’entreprise UCP de Bonneuil

Aurore MARY, employée chez Franprix dans le 14e arrondissement de Paris

Jahelyss DROUODE, élève de CP à l’école Romain-Rolland

Charlène KHAMOUGUINOFF

Aide-soignante à l’hôpital intercommunal de Créteil

Je fais partie des personnels réquisitionnés à l’hôpital. Je suis en pneumologie. L’hôpital a ouvert un service spécifique, dans le cadre du plan blanc. Il est en deuxième ligne pour recevoir les patients du secteur après l’hôpital Pitié Salpêtrière (13e). Au plan familial, l’organisation est difficile. J’ai deux enfants de 4 et 7 ans et un mari qui travaille au Min de Rungis, de nuit, réquisitionné également. Je vais faire appel à la mairie de Bonneuil pour la garde des garçons en journées. Je ne sais pas comment nous allons gérer les nuits à venir car l’hôpital nous demande d’envisager d’y rester… C’est très angoissant. Après une journée de travail à l’interco, je me déchausse devant la porte de mon appartement, je place mes vêtements dans la machine à laver, je me douche et à ce moment seulement, j’embrasse mes enfants… Ils ont du mal à contrôler la situation, bien sûr. C’est dur pour tout le monde. Je n’ai qu’un mot à dire à ceux qui nous lisent : restez chez vous ! Le virus peut vivre 4h sur l’asphalte. Des gens crachent, ne respectent pas les consignes. Nous n’y arriverons pas si tout le monde ne joue pas le jeu.

« Je n’ai qu’un mot à dire à ceux qui nous lisent :

restez chez vous ! »

Luis RIZZO

Agent municipal, volontaire pour le portage des repas à domicile

Je suis en temps normal référent du dispositif du Projet de réussite éducative, spécifiquement auprès des collégiens de Paul-Éluard. Là, avec le confinement, nous n’avons plus de contacts avec les familles, si ce n’est par téléphone, nous n’avons plus de suivi avec le collège, les enseignants et nos partenaires : la MJC, la Maison de la réussite, le club Léo-Lagrange, les éducateurs de Pluriels 94, la psychologue… Le suivi du dispositif et les activités se sont arrêtées. Du coup, ma responsable m’a demandé si j’acceptais de venir en aide au Centre municipal d’action sociale. J’ai dit oui. Aussi, je conduis le camion frigorifique, dans lequel sont stockés les repas que la Ville livre au domicile d’une vingtaine de Bonneuillois, chaque jour. Je le fais depuis la semaine dernière, à raison d’une à quatre fois par semaine, de 8h30 à 11h. J’avoue que j’appréhende un peu mais je suis protégé car la Ville nous fournit chaque jour un masque, des gants et du gel hydroalcoolique. Je pense qu’il faut être solidaire dans ce moment difficile et qu’il faut savoir donner de soi. C’est important que tout le monde le fasse, ne serait-ce qu’un peu… C’est ça le service public.

Jean-Georges BELMONT

Président du comité local du Secours populaire français

Compte tenu de nos petits locaux de la rue des Varennes, nous ne pouvons accueillir le public en toute sécurité sanitaire. C’est pourquoi, nous avons suspendu nos permanences. Mais nous restons joignables par téléphone. Nous consultons quotidiennement notre boite vocale.

La distribution alimentaire est notre priorité, d’autant que les Restau du cœur sont actuellement fermés pour préparer leur campagne d’été. D’autant également que les écoles et restaurants scolaires étant fermés, les enfants sont dans leurs familles. Il y a donc plus de personnes à nourrir. Nous avions l’habitude d’organiser 2 distributions de colis alimentaires par mois et pour 200 personnes. En cette période, ce sera 4 et sur rendez-vous pour éviter trop de monde en même temps. Nous distribuons toujours à la salle Fabien que la Ville met à notre disposition. Nous allons devoir recevoir les gens à la porte pour le respect des consignes sanitaires et leur remettre ainsi leur colis.

Le Sirm, qui habituellement alimente les restaurants scolaires, maisons de retraite, etc., nous fait don de denrées qu’il avait en stock, avant qu’elles ne périssent. Deux agents municipaux et du Sirm viendront aussi nous aider lors des prochaines distributions. Deux conseillers municipaux nous ont aussi rejoints. Nous sommes en nombre suffisant, à 8 personnes. Nous ne sommes pas en quête d’une aide humaine ce mois-ci, mais probablement en avril. Et bien sûr, nous sommes en permanence en quête de dons de produits alimentaires et d’hygiène. Car nous puisons dans nos stocks versés par le Fonds d’aide européens aux plus démunis pour que les colis soient plus consistants.

La solidarité s’organise par téléphone en premier lieu avec les bénéficiaires. Beaucoup nous font un accueil très chaleureux, sont heureux de nous entendre. Certains bien-sûr nous expliquent combien il est difficile pour eux de devoir rester enfermés. C’est bien normal. Nous maintenons le lien social.

Comité local du Secours populaire. 1 rue des Varennes. Tél. : 01 43 77 79 80.

« Je ne comprends pas que les transports en commun soient encore en service et que les conducteurs de bus, par exemple, ne portent pas de masques… »

Laure CHOEL

80 ans, habitante de la rue Frédéric-Mistral

J’ai la chance d’avoir mon fils, tout près, qui m’aide pour les courses. Je m’adapte sans mes activités habituelles à l’extérieur. Je vais en profiter pour trier des affaires, chose que je repoussais jusqu’ici par manque de temps. Le Gouvernement aurait dû prendre ces mesures de confinement bien avant. Je ne comprends pas que les transports en commun soient encore en service et que les conducteurs de bus, par exemple, ne portent pas de masques… Quant aux rayons à moitié vides des magasins alimentaires, je comprends aussi la peur des gens. Mais il ne faut pas dramatiser.

Florbela GUILLAUME

Propriétaire du salon « Amenzo coiffure », avenue du Colonel Fabien

Je suis complètement perdue… J’ai dû fermer le salon et placer mon apprentie en chômage partiel. J’attends les informations du Gouvernement pour les entreprises comme la mienne car les charges sont là, le loyer, le crédit, etc. Je suis très inquiète pour mes parents qui sont eux, au Portugal et qui commencent aussi à se confiner… Mes enfants de 15 et 21 ans gèrent leurs études. Le plus jeune est censé passer le brevet des collèges en fin d’année, je ne sais pas ce que cela va donner. Le côté sympa de cette aventure c’est que des clientes m’appellent pour des conseils capillaires !

Sokun CHEAV

Pharmacien, 23 avenue du Colonel Fabien

Nous avons imprimé et affiché toutes les consignes de sécurité qui nous ont été envoyées par les syndicats ou l’Ordre des pharmaciens. Nous avons matérialisé tout un fléchage au sol pour que les patients ne se croisent pas dans la pharmacie, plus le balisage des distances de sécurité entre deux personnes. Nous avons également mis en place des hygiaphones en plexiglas à chaque comptoir, nous portons des gants et des masques pour protéger à la fois les patients et le personnel. Avec le confinement, autant vous dire que l’activité est très calme. Par contre, le téléphone n’arrête pas de sonner. Les Bonneuillois nous demandent essentiellement des masques, du gel hydroalcoolique, des gants et des thermomètres. Mais les masques sont réquisitionnés pour le personnel de santé. Chaque professionnel, selon son métier, a droit à une dotation de 6 à 18 masques par semaine pour travailler dans de bonnes conditions. Concernant le gel hydroalcoolique, cela fait longtemps que l’on est en rupture de stock. Nous en recevons quelque fois, mais au compte-goutte. Nous avons quelque peu adapté nos horaires d’ouverture. Nous fermons actuellement à 19h30 au lieu de 20h. Si j’avais un conseil à donner à la population ? Pensez à bien vous laver les mains, à respecter les gestes barrières, les mesures d’hygiène sont primordiales ! Surtout restez confinés, respectez les consignes de sécurité sanitaire, c’est le meilleur médicament qui soit !

Broby AKMEL

33 ans, entrepreneur, marié, père de deux enfants, quartier libertés

C’est une période assez délicate. Seuls les magasins alimentaires sont ouverts. Je suis papa de deux jeunes enfants âgés de 2 et 4 ans. Le plus petit est en crèche et la plus grande est scolarisée à l’école Notre-Dame, en grande section de maternelle. Elle a donc des devoirs. Elle fait ses coloriages, elle met ses lettres en place, elle travaille sur « La chenille qui fait des trous », un exercice fort sympathique qui lui permet de se familiariser avec les jours de la semaine, les fruits et les légumes et à savoir compter. Le but ultime étant que la chenille se transforme en papillon (rires).

On ne sort pas du tout, mais on essaie de s’occuper au mieux. On alterne temps de classe, breaks, siestes, jeux… Ce n’est pas évident pour nous parents, car les enfants nous interpellent toutes les cinq minutes… Mais c’est un mal pour un bien. On optimise ce confinement. Il nous permet de souffler un peu, de revenir aux choses simples, de partager des temps de jeux, de lecture avec nos enfants, de les dorloter un peu plus, de renforcer nos liens familiaux. Alors que d’habitude, c’est un peu la course…

Justine UNZEL

32 ans, danseuse professionnelle et professeure de danse au CSMB

« Stay home and dance ! »

Dans ce contexte inédit de crise sanitaire, nous avons la « chance » d’avoir les réseaux sociaux pour garder le lien. La moyenne d’âge des 300 danseurs et danseuses, qui suivent mes cours de Modern’ jazz, street jazz ou de zumba, est de 14-16 ans. Du coup, nous communiquons beaucoup sur Instagram, YouTube et Facebook. Je leur ai préparé des tutos de chorégraphies en modern’ et street jazz, d’environ 20 minutes. Je les publie, ils les regardent, ils se filment à la maison, dans leur salon, dans leur jardin… et les repostent. Certains sont ravis, car ils sont stressés par cette situation. L’application Zoom me  permet de répéter en direct avec les élèves. Je propose également sur Instagram, des lives de Zumba, d’une heure. Jeudi dernier, ils étaient 180 à le suivre. Je le reprogramme jeudi 26 mars. Ces outils numériques sont utiles pour maintenir les danseurs en forme, les préparer au retour et aux représentations des 12, 13 et 14 juin !

Vous avez envie de vous trémousser et de vous défouler en famille ? Suivez la prochaine session live de Zumba proposée par Justine, jeudi 26 mars, de 19h à 20h, compte @justinesmile, sur Instagram.

Les tutos sont disponibles sur la chaine YouTube : Justine Unzel

Justine et ses danseurs vous envoient un peu de joie et de légèreté, sur un son de Lady Gaga ! N’hésitez pas à partager ! Ils en ont besoin !

Julie DENIS

37 ans, aide-soignante réserviste et voisine solidaire, mère de trois enfants de 5, 7 et 10 ans.

Dans mon immeuble rue du Dr-Roux, j’ai mis des affiches du kit d’entraide au voisinage, de l'association Voisins solidaires, pour rompre l'isolement des voisins qui n'osent pas toujours demander de l'aide. J’y ai indiqué mes coordonnées pour leur venir en aide s'ils en ont besoin. Sur une seconde affiche, les voisins indiquent leurs besoins : « J’aimerais que l’on m’accompagne à la pharmacie », ou « que l’on m’aide pour les courses ». Du coup, dès que je le peux et avec les moyens dont je dispose, je rends service en sortant les poubelles d’une personne à mobilité réduite, en récupérant des courses au drive pour une maman qui n’a pas de véhicule, en allant aux courses ou en pharmacie, en réservant des billets d’avion pour les personnes peu à l’aise avec la langue française et Internet… Si je peux aider, je le fais de bon cœur. C’est assez naturel chez moi. Je n’attends rien en retour. Mes voisins le savent. Je le fais depuis toujours. Je n’ai pas attendu cette crise sanitaire pour m’y mettre. La solidarité ce n’est pas que chez soi mais autour de soi et toute l’année. Pas uniquement en période de confinement.

« La solidarité ce n’est pas que chez soi mais autour de soi et toute l’année. Pas uniquement en période de confinement. »

Jonathan DELAHAYE

Directeur de l’antenne Croix rouge de Bonneuil

La Croix rouge de Bonneuil, dans le contexte épidémique actuel, se met à disposition du Val-de-Marne. C’est une ambulance avec quatre équipiers secouristes pilotée par le Samu et un minibus pour la direction territoriale de la Croix rouge qui intervient sur les mises à l’abri des personnes. Nos interventions à 30% relèvent du secours à victimes et  à 70% concernent le virus Covid-19.

Nous sommes équipés pour ce type de situation. Les EPI (Équipements de protection intégrale) sont toute l’année dans nos véhicules d’intervention. Nos camions sont désinfectés après chaque transport et à chaque suspicion, il y a une procédure spécifique de tout enlever et désinfecter, laver le sol, tout passer au produit. Une intervention prend au moins 1h30, depuis les mises en protection, les bilans, le transport à l’hôpital jusqu’à la désinfection. Notre mission est là. C’est un réel engagement.

Au niveau social, idem. Les personnels ont été mis à disposition de la direction territoriale de la Croix rouge (basée à Limeil-Brevannes) pour l’assistance téléphonique et la livraison de paniers alimentaires aux personnes vulnérables en situation d’isolement social confinées chez elles. Il existe un numéro vert pour en bénéficier : 09 70 28 30 00 (7 j/7). Plus d'infos sur https://fcld.ly/brp32h1

Gilles GATINEAU

Président de la section football du CSMB (546 licenciés)

Nous avons annulé tous nos tournois de football professionnels à destination des jeunes, à savoir ceux du week-end de Pâques et ceux des 1er et 8 mai. Notre souci sera la reprise. Il nous reste huit matchs de championnat à boucler pour cette saison. C’est la Fédération française de football qui va trancher. Si on reprend les entraînements en juin, c’est ce qui semble se profiler, ce sera compliqué de jouer ces huit matchs de championnat restants. Je vais faire une proposition aux instances dirigeantes : que l’on fasse une année blanche, qu’il n’y ait ni montées, ni descentes et que l’on redémarre la saison en septembre. À savoir également, nous avons pris la décision de ne pas demander de chômage partiel pour nos 22 éducateurs sportifs et de maintenir leur rémunération pour le mois de mars. La situation est compliquée avec ce confinement. Mais, nous n’avons pas d’autre choix. C’est la santé qui est prioritaire, et ce, pour tout un chacun.

Ferhat BENCHELOUCHE

Pâtissier au Fournil de Bonneuil, 15 av. du Colonel-Fabien

Nous avons eu beaucoup de monde pendant la première semaine de confinement. Les clients faisaient la queue sur le trottoir et achetaient beaucoup de pain, pour plusieurs jours. C’est plus calme sur cette deuxième semaine. Les gens viennent moins et ont compris qu’on faisait toujours du pain, des viennoiseries, des pâtisseries... Les fournisseurs continuent à nous livrer la farine et tout ce dont on a besoin alors on peut continuer à travailler. Bien sûr, on ne prépare plus de sandwichs car les employés qui nous les achetaient ne sont plus au travail. C’est sûr que les gens sortent beaucoup moins. Certains viennent une fois par semaine en prévoyant leur pain sur 7 jours. Ils respectent bien les consignes de protection. Ils rentrent un par un dans la boutique et gardent bien un mètre de distance avec les autres clients et nous-mêmes. On va essayer de tenir le coup. Mais cette situation fait peur…

Adam BOUFERMACHE

16 ans, lycéen en filière communication visuelle

« Je reste en contact avec mes ami.es sur les réseaux sociaux et je fais des jeux en ligne avec certains. Je fais aussi du sport à la maison comme je ne peux pas en faire dehors. »

Si on commence à être négatifs, ça ne va pas le faire… Il faut tenir mentalement pendant le confinement. C’était compliqué pour moi, les premiers jours, bien sûr, comme pour tout le monde. Là, j’ai trouvé mon rythme, un équilibre. Je travaille mes cours en ligne avec mes profs et je suis en contact avec mon groupe classe. J’ai des devoirs à envoyer, ça marche bien. C’est à nous de bien nous organiser. Il y a des délais à respecter mais bon… On a le temps... Sinon, je reste en contact avec mes ami·e·s sur les réseaux sociaux et je fais des jeux en ligne avec certains. Je fais aussi du sport à la maison comme je ne peux pas en faire dehors. J’en fais même plus qu’en temps normal. Des tractions, des pompes, des haltères… Mes parents étant séparés, je vis chez mère et j’ai l’habitude de voir mon père régulièrement chez lui. Là, je ne sais pas trop comment on va s’organiser. Mais ça va le faire. En fait, mes journées passent plutôt vite.

Maria TADDEI

Veuve, 78 ans, Haut-Bonneuil

« Il ne faut pas se décourager. On va y arriver ! »

Ce confinement ? Je le vis bien, ça va. On suit les recommandations du gouvernement et celles de monsieur le maire, qui nous a écrit la semaine dernière et nous a laissé un numéro d’appel à contacter en cas d’urgence. Du coup, je ne fréquente plus l’espace Louise-Voëlckel, où j’avais mes activités. Le personnel de l’équipement m’appelle tous les jours pour prendre de mes nouvelles. Mes deux petites filles, âgées de 18 et 23 ans, ne veulent pas non plus que je sorte. Elles sont à la maison avec moi. La plus jeune révise le Baccalauréat ; la seconde, est en télétravail. Je continue mes activités préférées : la peinture et le jardinage. J’ai préparé des semis de tomates et Œillets d’Inde. Cela fait du bien de les voir pousser aussi vite. Je ne suis pas la plus malheureuse car j’ai une maison avec un jardin. J’ai de la famille dans l’Oise et en Italie, dont je suis originaire, des régions très frappées par le coronavirus. J’ai appelé. Je suis rassurée, tout le monde va bien. Il ne faut pas se décourager. On va y arriver !

Amhed Zeroual, 55ans, conducteur de bus à la RATP et habitant du Haut-Bonneuil

Avec les collègues, on part la boule au ventre. Nous avons peur, même si on est bien protégés. Les passagers montent par l’arrière, l’avant du bus est fermé. Nos vitres sont également fermées et des rubans empêchent la circulation des voyageurs à l’avant du bus. Nous n’avons aucun contact avec les passagers. La RATP nous remet des lingettes et du gel hydroalcoolique. Moi, je conduis avec des gants en latex que je me suis procurés. Nos horaires ont été modifiés. Nous travaillons un jour sur deux. De 6h à 13h ou de 13h à 22h.

Nous transportons des gens qui vont travailler, des agent·e·s d’entretien, des caissier·ère·s, principalement. Les passagers du 24 sont une cinquantaine en ce moment sur une journée complète contre 300 en temps normal. La plus grande fréquentation a lieu le matin jusqu’à 8h. Nous avons réduit nos tours à trois par jour. Malgré ça, il nous arrive de rouler à vide. En temps ordinaire, nous pouvons rouler à raison d’une dizaine de bus par jour sur cette ligne. Le week-end, des gens sortent encore sur Paris. Je trouve ça aberrant. Ils se baladent, ne respectent pas les consignes. Il ne devrait y avoir personne…

Ce qui est difficile aussi, c’est de ne pas avoir de contact avec les collègues. Il n’y a plus de réunions, on ne partage plus de café, non plus. On est seuls, quoi… Quand je rentre à la maison, je continue à me protéger et protéger ma famille. J’enlève ma tenue dans le garage, je laisse mes affaires à l’air libre. Puis je me douche avant de rejoindre ma femme et mes enfants. J’écoute beaucoup les informations. Je regrette que les médias nous oublient. Ils ne parlent pas de nous. Nous ne sommes pas reconnus.

Cyril Touron, 38 ans, habitant du quartier Libertés, réquisitionné par le ministère de la Santé

J’ai été réquisitionné par le ministère de la Santé, pour travailler deux jours par semaine, dans les laboratoires de la Pitié-Salpêtrière.

Dans mon unité, la virologie, témoigne-t-il, nous travaillons à partir de moustiques et de souris vivantes, sur les maladies infectieuses. Ce n’est pas compatible avec du télétravail. Habituellement, sur ce site, il y a environ une centaine d’étudiants présents tous les jours et une dizaine de chercheurs médecins. Là, avec cette crise sanitaire, c’est le service minimum qui est appliqué. Les effectifs sont très réduits. Les étudiants sont confinés chez eux. Seuls les chercheurs médecins sont présents, dans ce bâtiment, à l’étage supérieur. Ils travaillent sur le coronavirus et tentent de chercher un vaccin.

Cette crise est super difficile. Cela fait peur. Il n’y a personne nulle part. Au travail, je suis très protégé. J’ai des gants, masques, gel...

Les contrôles d’accès à la faculté se font dans des conditions très strictes. J’emprunte les transports en commun, pour m’y rendre, alors je fais très attention dans le métro. Le reste du temps, je suis confiné avec mon fils de 16 ans, inquiet lui aussi.

Anthony Le Bossé, professeur principal d’une classe de 4e Segpa à l’Érea Stendhal

« Pour maintenir nos enseignements à distance et les relations avec les élèves et les familles, nous utilisons le logiciel Pronote de l’Éducation nationale. Mais nous sommes confrontés au fait que toutes les familles ne sont pas équipées d’outil informatique. Parfois, les jeunes ne disposent que d’un téléphone portable. »

Lorsque la période de confinement a été annoncée, vendredi 13 mars, raconte Anthony Le Bossé, les jeunes ont quitté l’établissement avec un programme de travail à faire à domicile durant les trois semaines à venir, soit jusqu’aux congés de printemps. Il faut savoir que l’Érea accueille des élèves de toute l’Île-de-France, en collège et lycée professionnel. Certains sont domiciliés assez loin. Tous les collégiens sont internes dans l’établissement.

Les dix premiers jours du confinement, les serveurs de l’Éducation nationale étant très sollicités par les multiples connexions, ont posé des difficultés de travail. Mais aujourd’hui, les choses sont rétablies après une bonne maintenance. Pour travailler à distance avec nos élèves, nous utilisons des liens du Cned (Centre national d’éducation à distance) et d’autres plateformes d’éducation, telles « Voltaire », sollicitant les compétences orthographiques. Nous envoyons aussi aux élèves du travail de notre propre composition ou des sujets d’annales du DNB (Diplôme national du brevet) ou CFG (Certificat de formation générale).

J’ai pour habitude de contacter chaque famille tous les jours par téléphone. Ceci, pour prendre des nouvelles de chacun et chacune, maintenir le lien, faire le point sur le travail à réaliser. Ils apprécient. Notre rôle d’éducateur est pleinement là, dans ce contexte sanitaire. En conclusion, le suivi est imparfait pour des raisons d’ordre matériel mais nous parvenons à trouver des solutions. Par exemple, il est convenu que les devoirs ne pouvant être envoyés par mail seront rendus tranquillement à la rentrée. Cependant, avec la qualité des appareils photographiques des téléphones portables, il est possible de récupérer l’essentiel du travail que nous pouvons corriger afin de faire un retour aux élèves. La satisfaction porte sur ce lien que nous maintenons tous ensemble par téléphone. C’est aussi ça, notre travail éducatif !

Anne-Marie Thépault, institutrice et directrice de l'école Notre-Dame

"Je tiens le bastion, ici, tous les jours, pour assurer la permanence téléphonique avec les parents qui ont des problèmes de liaison, quels qu’ils soient."

Depuis le début du confinement, nous assurons l’accueil des enfants du personnel soignant, en suivant les recommandations d’hygiène et de désinfection recommandées par le ministère de la Santé, explique-t-elle. Les élèves sont accueillis par du personnel volontaire, enseignant ou pas.

Les enseignants veillent à la continuité pédagogique des élèves. Chaque enseignant a créé une boite mail pour donner et réceptionner les devoirs, échanger avec les élèves et les familles. Ils échangent également avec la plateforme Edumoov.

Je tiens le bastion, ici, tous les jours, pour assurer la permanence téléphonique avec les parents qui ont des problèmes de liaison, quels qu’ils soient. Je suis le relais quotidien des familles. Ce confinement, c’est très fatigant pour tout le monde. Chacun essaie de faire du mieux qu’il peut. Les parents doivent combiner les devoirs avec du télétravail, comprendre les consignes des enseignants, assurer le quotidien, sortir et occuper les enfants. C’est fatigant pour les parents, et autant pour les enseignants, dont je fais partie. Nous devons travailler sans notre cœur de métier, qui est le contact avec la classe, l’interaction avec nos élèves et ce qu’ils nous apportent et ce que l’on peut leur apporter.

Martine Forgeard, animatrice au centre de loisirs Danielle-Casanova

« Je me sens utile. Nous gardons les enfants des gens qui soignent. Ça leur fait un souci en moins et leur permet de donner leur meilleur d’eux-mêmes. »

« Cette semaine on accueille entre 5 et 11 enfants. Ça dépend des jours. Ce sont tous des enfants de personnels hospitaliers, d’Ehpad, des agents d’aide à domicile ou même d’agents de police. Ils ont entre 3 et 11 ans, les deux plus petits sont en toute petite section de maternelle, et la plus grande en 6e au collège. L’écart d’âge est grand, mais ça se passe bien, les enfants s’accommodent et jouent bien ensemble. Chaque jour, on leur demande leur ressenti par rapport à ce qui passe. Les enfants nous disent qu’ils sont contents d’être là.

« Nous sommes trois pour les accueillir, dès 7h du matin. Pour cela, nous sommes équipés de masques, de gel, de gants, et des agents de service de nettoyage viennent plusieurs fois par jour désinfecter les mobiliers et les sols. Nous faisons essentiellement des jeux, des activités manuelles, des pâtes à modeler, des jeux de société… Mercredi, nous avons fait par exemple un atelier de fabrication de masques de protection, les enfants étaient très contents de repartir avec. On profite aussi beaucoup de la cour, comme il fait très beau.

« Les premières semaines, j’avais peur. Mais, maintenant je le vis bien. Je préfère être là que chez moi. Je me sens utile. On garde les enfants des gens qui soignent. Ça leur fait un souci en moins et leur permet de donner leur meilleur d’eux-mêmes. Quand on les voit, le matin ou le soir, ils nous le disent. Eux aussi ils sont contents. »

Thierry Albespy, 46 ans, agent municipal de la propreté urbaine

« Ce qui crée le plus d’inquiétudes, ce sont les mouchoirs usagés, ainsi que les masques et les gants... Beaucoup sont abandonnés par terre. »

Pour l’instant, tout va bien, l’état d’esprit est plutôt bon. Nos missions aujourd’hui sont les mêmes : nettoyage des rues, collectes des poubelles, etc. Par sécurité, nous fonctionnons par roulement. Nous tournons en équipes de deux, au lieu de trois habituellement. Du coup, même s’il y a moins de circulations, de gens dans les rues, et donc moins détritus, ça nous fait quand même une importante charge de travail.

Ce qui crée le plus d’inquiétudes, ce sont les mouchoirs usagés, ainsi que les masques et les gants... Beaucoup sont abandonnés par terre. Ça nous oblige à faire plus attention. Il faut que les habitants prennent plus de soins dans la gestion de leurs déchets, c’est important pour nous, pour nous protéger. Ce qu’on demande à tous, c’est de bien mettre les mouchoirs et masques usagés dans des sacs fermés et de les déposer dans les poubelles.

Sonia Guerreiro, 39 ans, serveuse au bar restaurant La Bonneuilloise

 « Ce n’est pas évident d’être à la maison tous les jours, de ne pas sortir comme on le souhaiterait, surtout quand on est habituée à travailler et à rencontrer beaucoup de monde ! Là je me retrouve au chômage partiel. Du coup je perds 16% de ma rémunération. »

Comment je vis ce confinement ? Difficilement. Mais, j’ai une petite lueur d’espoir car depuis aujourd'hui, jeudi 16 avril, La Bonneuilloise, qui certes ne peut plus accueillir de public, propose de la vente à emporter. Les gestes barrières seront respectés et les employés porteront des masques et des gants. C’est la carte de restauration grecque (pizzas pides et sandwichs), qui est proposée aux clients. Ils peuvent faire leurs commandes, tous les jours de 11h à 22h, non-stop. La livraison sera assurée par Uber Eats et Deliveroo. C’est Ozgur, notre patron, qui débute la vente à emporter avec un des cuisiniers. Et puis, si l’activité marche bien, le reste de l’équipe pourra prêter main forte pour la préparation, voire pour la livraison des repas.

Sinon, lundi 13 avril, lors de son allocution, le président Macron a annoncé qu’il faudra encore attendre, bien après la mi-mai, pour ouvrir les restaurants au public. Par contre, il autorise les enfants à reprendre le chemin de l’école, dès le 11 mai. Cela signifie qu’à cette date, ma fille devra retourner au collège, dans une classe où ils peuvent être 30 élèves, mais la Bonneuilloise ne pourra toujours pas accueillir sa clientèle, et que je devrai rester à la maison ! Je trouve cette décision, et globalement les décisions qu’il prend, complètement incohérente.

Ce qui est d’autant plus triste, c’est que pour la restauration, on entre dans la période sympa. Il fait beau. Les clients pourraient s’installer en terrasse. Mais bon. Il faut être patient. Et tant que l’on n’est pas malades, il faut s’estimer heureux.

Saïd Ouhssaine, 62 ans, est épicier dans le centre ancien

« Je donne régulièrement un coup de fil aux personnes âgées que je connais, surtout celles qui sont seules. Je leur apporte chez eux, quand je peux, quelques courses dont elles ont besoin. »

Le maire est venu plusieurs fois me voir, et m’a demandé si j’avais besoin de quelques choses. Je sais que si j’ai besoin d’aide, j’ai juste à appeler la mairie. Je l’en remercie. Mais pour l’instant, tout va bien. À part qu’on manque de masques ! Il en faudrait pour tout le monde, c’est nécessaire je pense, même pour ceux qui ne sont pas malade. Heureusement que la mairie nous en a donnés cette semaine... Parce que nous ne sommes pas assez protégés.

Après, c’est sûr ça change les habitudes de tout le monde. Au début, les gens étaient pas trop inquiets, beaucoup pensaient que ce n'était pas grave. Mais les gens aujourd’hui ont peur, beaucoup sont perdus.
Pour l’approvisionnement, on commence à avoir des problèmes. Les fournisseurs nous limitent en quantité de marchandises. Je demande aux clients de faire attention.

Sinon, je prends des nouvelles de tous mes clients. Je donne même régulièrement un coup de fil aux mamies, aux personnes âgées que je connais, surtout celles qui sont seules. Je leur apporte chez eux, quand je peux, quelques courses dont elles ont besoin. Il faut être solidaires.

Jean-Olivier Guerrier, 27 ans, agent à l'imprimerie municipale et volontaire pour le renfort du service social

« Je continue à travailler, tous les jours. Mon rôle consiste essentiellement à faire l’affichage, à raison de trois jours par semaine, de tout ce qui concerne cette épidémie et ce confinement. »

Les affiches que je pose portent sur les gestes barrières à respecter, les numéros utiles à contacter en cas de maladie ou de violences conjugales. Nous affichons aussi les numéros utiles pour les personnes isolées et/ou retraités afin qu’elles puissent contacter la mairie en cas de besoin… L’affichage est essentiel pour les personnes qui n’ont pas d’ordinateur à la maison ou qui ne savent pas très bien s’en servir. Et ceux qui ont accès à cet affichage peuvent relayer l’information. Le bouche à oreille, c’est le meilleur outil de communication qui soit. J’affiche chez tous les commerçants ouverts dans le centre-ville.

À la demande de la population, depuis le début du confinement, nous déposons chez les commerçants, du lundi au vendredi, des attestations dérogatoires de sortie. Nous en imprimons environ 1 500 par semaine. Elles sont remises gracieusement à la population. Tout le monde n’a pas forcément une imprimante chez soi, du coup on a un bon retour des Bonneuillois.

Je me suis aussi porté volontaire pour épauler les collègues du service social municipal et venir en aide aux personnes âgées, en allant faire leurs courses ou à la pharmacie. Je sais que je reste exposé tous les jours. Mais je fais attention. La Ville me procure un masque, des gants à chacune de mes missions. Je respecte les gestes barrières et la distanciation au travail et vis-à-vis de mes proches, pour ne pas leur porter préjudice.

C’est important pour moi d’apporter cette aide à la population. Bonneuil, c’est la Ville où j’ai toujours vécu. Je le fais avec plaisir. Je me sens utile. Cela me permet aussi de garder un lien social. C’est très important dans la situation actuelle. Sans entraide, il n’y a plus rien…

Thierry Grego, président de l’association locale Aframe et cadre infirmier à l’hôpital Joffre-Dupuytren

J’ai le Covid-19. Je suis en arrêt maladie depuis le 6 avril. Les deux tests de dépistage dits PCR, dont j’ai fait l’objet, se sont avérés négatifs, mais le scanner pulmonaire a confirmé le diagnostic. Je ne suis pas hospitalisé, mais à la maison. Je n’ai plus de toux, ni de fièvre mais je suis extrêmement fatigué, essoufflé. La semaine dernière c’était pire.

Je l’ai bien évidemment contracté dans le cadre de mes fonctions. Je suis cadre infirmier, dans le secteur public, dans une unité de soins gériatriques qui dépend de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et située à Draveil (Essonne). Depuis le mois de décembre, le personnel soignant est sur le pont. Le Covid-19 s’est tranquillement installé, vers la fin du mois de décembre et le début du mois de janvier. À cette période-là, et c’était le cas dans de nombreux hôpitaux, nous étions confrontés à de nombreuses épidémies comme la gastro-entérite, la grippe, la gale… Nos patients étaient constamment sur le fil du rasoir… Du coup, les premiers cas de Covid-19, on ne les a pas vus passer.

Il y a un temps de latence entre la suspicion des premiers symptômes et les premiers cas avérés de Covid-19, qu’il n’est pas facile de gérer. Pendant l’incubation de la maladie, les soignants, faute de matériel, de masques, ont eu le temps de se contaminer. Les patients qui ont des problèmes cognitifs, ne se remémorent pas les consignes de précaution et déambulent de chambre en chambre par exemple… propageant ainsi la maladie. Les précautions standards, à appliquer selon les épidémies, ne sont pas les mêmes. Cela prend du temps de mettre en place tous les protocoles, les dépistages… et pendant ce temps-là, la maladie se propage.

Le test nasal de dépistage n’est pas fiable à 100%. Il doit être fait au moment où les symptômes se déclarent. Ce peut être un « faux négatif », du coup on baisse la garde, mais on reste contaminants. D’où l’importance de porter des masques, en continu, pour se protéger ainsi que son entourage.

Nous avons eu à déplorer quelques décès de patients et des cas avérés chez les soignants. On ne peut jeter la pierre à personne. C’est un phénomène nouveau qui a trompé tout le monde, y compris les scientifiques. Le personnel soignant, qui est constamment sur le fil du rasoir, a fait ce qu’il pouvait. D’autant que l’on évolue dans une ambiance anxiogène qui n’arrange rien. Les visites sont interdites pour les patients. C’est contraignant. Mais le confinement reste la seule parade pour limiter la propagation du virus. Cette épidémie changera l’avenir des soignants, c'est sûr.

Aurélie Gendron, responsable du service municipal état civil, élections et funéraire

"Un jour sur deux et par roulement nous sommes présentes au service. Mais la permanence téléphonique est assurée 7 j/7, 24 h/24."

Malgré le confinement mis en place, l’équipe - nous sommes quatre - continue à travailler. Nous sommes protégées pour travailler en toute sécurité. La Ville nous fournit du gel hydroalcoolique, des gants, des lingettes antiseptiques, des masques, car nous sommes amenées à rencontrer du public. L’état-civil est un service régalien et doit assurer la délivrance des actes de naissance, de mariages et de décès. Aussi, un jour sur deux et par roulement nous sommes présentes au service. Mais la permanence téléphonique est assurée 7 j/7, 24 h/24. Une permanence téléphonique au cimetière a aussi été mise en place du lundi au dimanche pour les inhumations.

C’est à l’état-civil que les familles viennent déclarer leurs naissances. D’ailleurs il y a deux semaines, un enfant est né à domicile. C’est le deuxième cette année. Il se porte bien. C’est une nouvelle qui nous a réellement fait très plaisir, compte-tenu du contexte.

Nous intervenons également, et c’est bien moins gai, dans les cas de décès. Nous nous déplaçons, avec M. le maire Patrick Douet pour déclarer le décès. Si le décès est dû au Covid-19, la fermeture du cercueil doit être immédiate, pour des raisons sanitaires évidentes. C’est M. le maire qui donne l’autorisation de fermeture, en lien avec les Pompes funèbres. Nous sommes également tenus de déclarer, chaque jour, au Préfet, le nombre de décès survenu à Bonneuil. Ces chiffres alimentent les statistiques nationales énoncées chaque soir.

Et les mariages ? Ils ne sont pas véritablement interdits. Mais à ce jour, six couples, qui avaient projeté de s’unir prochainement, ont préféré reporter leurs mariages, de juin à octobre, compte tenu des conditions imposées : présence uniquement des deux mariés et des témoins, règle de distanciation sociale… Sans oublier que les salles de réception sont fermées et que les traiteurs ne travaillent plus… Avouez que cela coupe court le rêve de ces couples…

Geneviève Donadier, gardienne d'immeuble à Bonneuil

Je suis gardienne d’immeuble pour le groupe Valophis aux résidences Moulin-Bateau, La Bergerie et Saint-Exupéry avec un autre collègue. Malgré l’épidémie de Coronavirus, nous continuons notre activité. Nous disposons de tout ce qu’il faut pour travailler en sécurité : gants, masques, gel hydroalcoolique, etc.

Tous les matins, nous commençons par faire le tour du patrimoine, à savoir les immeubles que nous sommes chargés de gardienner. Nous vérifions l’état de tous les halls d’immeubles, le bon fonctionnement des ascenseurs et s’il n’y a pas de vitres cassées… Dans l’immédiat, nous parons au plus urgent, à savoir les fuites d’eau, de gaz, les départs d’incendie… les interventions non urgentes seront traitées après la fin du confinement. Le Groupe Valophis l’a d’ailleurs expliqué, dès le début du confinement, aux locataires. D’autant que les effectifs ne sont pas complets.

" Nous téléphonons régulièrement, aux locataires vulnérables que nous connaissons, pour nous assurer qu’ils vont bien. "

Puis, nous sommes confinés le reste des journées dans nos loges, où nous gérons toute la partie administrative : nous continuons à rédiger les réponses aux mails envoyés par les locataires, à répondre à leurs appels téléphoniques, ainsi qu’aux sollicitations qu’ils envoient sur la plateforme de suivi des locataires du Groupe Valophis. Nous affichons également beaucoup d’informations dans les halls d’immeubles. Nous téléphonons régulièrement, aux locataires vulnérables que nous connaissons, pour nous assurer qu’ils vont bien.

Les boîtes aux lettres des loges continuent à être relevées tous les jours, et le courrier qui y est déposé est traité chaque jour. Également, nous avons décidé de laisser en place toute l’activité de nos employés d’immeubles et l’entreprise de nettoyage afin de garantir une continuité de service auprès de nos résidents et ainsi assurer une résidence propre.

Delphine Joubert, directrice adjointe à la direction solidarité, coordinatrice du Projet de réussite éducative (PRE)

"La situation est exceptionnelle, mais nous nous adaptons et ne laissons aucune des familles que nous suivons de côté, pour assurer leur bien-être et leur réussite."

Le PRE, mis en œuvre à Bonneuil depuis 2006, accompagne l’enfant de 2 à 16 ans et sa famille vers sa réussite scolaire et sociale. Malgré le confinement et la fermeture des écoles, des collèges… Les trois membres de l’équipe restent mobilisés, en alternant travail sur le terrain et télétravail, pour ne pas prendre de risques inconsidérés. Les référents des parcours de réussite éducative appellent, une fois par semaine, les 43 familles que nous suivons. L’idée est d’échanger avec eux. Ont-ils des ordinateurs et un accès à Internet ? Ont-ils bien accès aux plateformes mises en place par les établissements scolaires pour les devoirs ? Pour celles et ceux qui n’avaient pas d’accès aux plateformes des écoles, nous sommes entrés en contact avec les établissements scolaires pour y remédier.

Les psychologues du PRE poursuivent leurs suivis des jeunes et des familles par téléphone. Tous les suivis ont été maintenus. Nous nous sommes adaptés à cette crise sanitaire sans précédent, en innovant et en proposant des rencontres parentales, en visioconférence, la première, pour quatre familles. Animée par les référents de parcours et la consultante en psychopédagogie, cette conférence a porté sur la thématique du confinement : Comment affronter cette période de confinement avec une attitude positive ? Quelle est l’influence des médias sur nos angoisses ? Comment profiter de cette période de confinement inédite pour partager des choses avec ses enfants ? Et après le confinement, quelles leçons en tirer ?

C’est un travail de longue haleine que nous menons avec nos partenaires : toutes les écoles de Bonneuil, la classe citoyenne, le collège Paul-Éluard, les associations caritatives locales et les services de la ville. Le délégué du Préfet nous appelle également une fois par semaine pour avoir des informations. La situation est exceptionnelle, mais nous nous adaptons et ne laissons aucune des familles que nous suivons de côté, pour assurer leur bien-être et leur réussite.

Eddy Dorsainvil, nutritionniste et diététicien

"Si en cette période de confinement, on ne peut pas sortir acheter des produits frais, qui se périment plus vite, ce n’est pas bien grave."

Avec les professionnels du service municipal promotion santé, nous allons à l’hôtel Cortel dans le port de Bonneuil, au-devant d’une population précaire. Certaines personnes qui y résident, ne disposent pas des droits légaux. Elles sont au 36e dessous. Ces familles, connues du centre de Protection maternelle et infantile municipal, y sont aussi suivies. Il y a beaucoup de nourrissons. Les mères nous réclament parfois du lait de croissance et ressentent une certaine culpabilité de ne pas être en mesure d’en donner à leurs enfants. Nous leur rappelons que le seul aliment dont leur nourrisson a réellement besoin c’est du lait maternel ou du lait entier. La matière grasse qu’ils contiennent est essentielle au développement du cerveau de l’enfant. À la base, le lait infantile de croissance, par ailleurs très coûteux, a été élaboré, dans les années 70, pour les enfants qui n’avaient pas accès au lait.

Tenez, un autre préjugé : le gel hydroalcoolique. Pourquoi oublie-t-on le B.A-BA appris par nos grands-parents, par nos parents qui est de se laver les mains avec de l’eau et du savon ? Bien sûr, si je n’ai rien d’autre, je peux utiliser du gel hydroalcoolique. Mais ce substitutif ne doit pas nous faire oublier nos fondamentaux, à savoir qu’il faut se laver, et correctement, les mains avec du savon et de l’eau, sans oublier les "ongles en deuil".

Nous voyons encore sur quelques grands murs dans des grandes villes, l’interdiction en peinture noire (gros caractère) de cracher par terre. Et pourtant ce message, bien utile aujourd’hui, n’est pas assez transmis ou respecté, intégré de nos jours, nous en sommes tous témoins. Le bacille de Koch notamment, bactérie responsable de la tuberculose, a une durée de vie assez conséquente, car toujours aussi virulent un mois après dans un crachat desséché.

Autre sujet de polémique également, les produits frais seraient plus riches en vitamines que les conserves de légumes. C’est de la bêtise ! Transformer des produits frais en conserve fait effectivement perdre 20% de la vitamine C contenue dans les légumes, mais il en reste encore 80%, et ce, même trois ans après. Idem pour les produits surgelés. N’exagérons pas. Si en cette période de confinement, on ne peut pas sortir acheter des produits frais, qui se périment plus vite, ce n’est pas bien grave. D’autant que les besoins quotidiens en vitamine C pour un adulte ne sont de 80 mg. Un comprimé de vitamine C, par exemple, en contient 1 000 mg ! De plus une avitaminose, autrement dit une carence en vitamines, ne s’installe pas, avec tous les effets catastrophiques pour la santé, en à peine 15 jours ou 3 semaines. Inutile de dépenser autant d’argent !

Bernard Benoist Président de l’association Face 94 et dirigeant de l’entreprise UCP de Bonneuil

« Nous avons tous pris un coup de massue, nous devons nous reprendre. »

Depuis le 17 mars et l’instauration du confinement, il nous a été demandé d’interrompre nos activités. Nous en avons maintenu certaines liées à des marchés et correspondant à des interventions urgentes. Il nous a fallu mettre en place un plan de continuité pour protéger nos personnels et le public (équipements, gestes barrières, distanciation, etc.) conformément aux prescriptions de l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics). Le télétravail est en place pour l’aspect administratif : les salaires, l’incorporation de l’activité partielle, les primes que nous accordons pour compenser le manque à vivre de nos employés. Ils travaillent sur la base du volontariat, ce qui correspond à 12-15% de l’effectif de l’UCP. Majoritairement, ils sont seuls dans leurs engins. Aujourd’hui, certains de nos fournisseurs rouvrent. Nous sentons un frémissement de volonté de reprise…

Du côté de l’association Face 94, nous nous réunissons tous les mardis en audioconférence sous l’égide du Préfet avec les chambres consulaires (CCI et CMA), Pôle emploi, la DGI, l’Ordre des experts-comptables. Nous avons tout stoppé, hormis le suivi de dossiers individuels spécifiques. Il n’est pas possible de réunir des gens, en formation, par exemple. J’ai aujourd’hui le sentiment que les entreprises sont prêtes à reprendre leurs activités quitte à ce que ce soit plus coûteux pour elles avec les protections nécessaires, mais pour éviter la paupérisation de la population et des entreprises déjà en difficultés dans notre département. Nous avons en ce moment des offres d’emplois assez conséquentes, liées à la tension actuelle (emplois d’aide à la personne, par exemple).

Globalement, les entreprises utilisent les aides de l’État pour embaucher et faire travailler. Bien sûr, les artisans et les commerçants sont les plus en difficultés. La Fédération française du bâtiment va aussi réfléchir à la manière de reprendre ses activités avec toutes les précautions nécessaires. De toute façon, même avec les prêts bancaires, cette situation ne va pas pouvoir durer. Le Département, tout comme les mairies de Champigny, Chennevières ou encore Bonneuil, par exemple, ne sont pas pour faire prendre des risques à leurs populations. Une priorité va devoir se dégager pour travailler et donner de l’emploi dans des conditions correctes avec la présence de ce virus pernicieux et dangereux. Nous avons tous pris un coup de massue, nous devons nous reprendre…

Aurore Mary

Employée chez Franprix dans le 14e arrondissement de Paris

« Je travaille dans la grande distribution à Paris. J’y suis chaque jour de 13h à 20h. C’est mon premier boulot et là, avec le confinement, on travaille beaucoup plus. » Habitante du quartier République, Aurore Mary a 20 ans. Elle est employée chez Franprix dans le 14e arrondissement de Paris et témoigne (depuis le métro) de son vécu de salariée pendant le confinement.

« Dimanche dernier j’ai même travaillé de 8h à 20h. Cette crise sanitaire ne me rassure pas toujours, confie-t-elle. Mais quand je vois les précautions prises dans le pays et au travail, je déstresse. Au boulot, nous sommes bien équipées. Nous avons des gants, des masques et du gel hydroalcoolique à disposition. Un vigile régule les entrées et sorties des clients dans le magasin. Nous avons également un minuteur, qui sonne toutes les 20 minutes, pour nous indiquer d’aller nous laver les mains.

Quand je suis en caisse, je suis également protégée par une plaque en plexiglas. Ce qui me rassure également, c’est qu’il n’y a presque personne dans les transports en commun. J’emprunte les lignes 8 puis 6 du métro pour aller travailler. Par contre je trouve que le ménage y est fait de façon succincte, alors je reste prudente. Dans mon quartier, à République, hormis la queue qu’il peut y avoir, parfois, pour accéder au Carrefour city, chez le boucher ou à la boulangerie, il n’y a vraiment plus personne dehors… Voir Bonneuil désertée comme ça, c’est bizarre… »

Jahelyss Drouode

Elève de CP à l’école Romain-Rolland

« J’ai fait un dessin de confinement comme me l’a demandé ma maitresse pour dire ce que je ressens en ce moment, raconte Jahelyss Drouode, 6 ans et demi, en CP à l’école Romain-Rolland. Comme toutes les écoles sont fermées, je voulais voir ce que les autres enfants de #Bonneuil ressentent, eux aussi. Alors j’ai demandé à maman de mettre un petit jeu pour les enfants sur la page Facebook "Tu sais que tu viens de Bonneuil quand…". Le jeu c’est de faire un dessin pour illustrer son ressenti pendant le confinement. »

Jahelyss, qui nous a envoyé un message audio pour nous livrer son témoignage, a insisté pour que l’on remercie et que l’on cite tous les enfants qui ont répondu à ce challenge en ligne. Nous avons donc parcouru les 117 commentaires qu'a généré cette publication pour relever les prénoms de tous les participants… Par ordre chronologique, félicitations à Jahelyss, Kayliah, Kelyssa, Nesrine, Meïssane, Rabia, Myah, Ana, Lina, Mia, Lina, Mélina pour leurs dessins.

Une belle initiative et expression culturelle d'enfants à l’heure de cette crise sanitaire sans précédent.