Infirmières, parents, retraités, salariés, agents en première ligne, bénévoles d’associations solidaires, dirigeants de clubs sportifs… Comment vivent-ils au quotidien la pandémie de Coronavirus, le confinement ou leurs conditions de travail en cette période d’État d’urgence sanitaire. Témoignages…

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Sommaire

Colette et Evelyne GOSSE, habitantes de la la cité Fabien

Marion CHEVALIER, responsable des animations à l’Ehpad Erik-Satie

Nadia BOUAZZI, Ouahiba MAHMOUDI et Noemie MOFFRONT, agentes techniques d’entretien de la Ville de Bonneuil

Laura WAAG, professeure d’arts plastiques au collège Paul-Éluard

Ahmet BASTU et Nejla ALAKA, respectivement propriétaire et vendeuse de la boulangerie Maison Yasin

Malika BOUSBAA, cheffe du service la police municipale

Olivier GARDELLI, directeur de la MJC/MPT de Bonneuil

Laurent BARDOUX, opticien dans le centre ancien

Jerome BERTIN, 38 ans, chef cuisinier en mode confiné

Stéphanie BIALOBOS​​​​​​​, psychologue au centre de Protection maternelle infantile Aline-Pagès

Colette et Evelyne Gosse, habitantes de la la cité Fabien

« La Ville nous a fourni des masques. Nous sommes ravies. »

Ce lundi matin, nous avons reçu dans notre boite à lettres une enveloppe kraft de la part de la Ville. Elle contenait trois masques lavables à 60°, donc réutilisables, avec une lettre du maire. Nous sommes ravies. Rien à dire, c’est une très bonne initiative de la Ville. D’autant qu’on ne savait pas où acheter des masques. Ils sont en rupture de stock un peu partout.

Cela fait un bon mois que j’essaie d’en avoir pour ma mère Colette, mais en pharmacie, ils n’en ont pas. Ma mère, qui a 83 ans est une personne vulnérable. Elle est hémophile et elle a eu un AVC. C’est indispensable pour elle d’avoir un masque tous les jours.

Avec cette crise sanitaire sans précédent, je ne comprends pas que l ‘État ne fasse pas le nécessaire. Ils veulent que l’on porte tous un masque pour freiner la propagation du virus, mais ils n’en fournissent pas. Résultat des courses, c’est la Ville qui le fait. Heureusement que nos élus se soucient de nous.

Marion Chevalier, responsable des animations à l’Ehpad Erik-Satie

Mon travail habituellement consiste à organiser la vie sociale des résidents, à programmer les activités, les sorties, etc. Ma mission est de faire en sorte que tous les résidents se sentent ici chez eux. Mais depuis deux mois, tout a changé. Et tout est arrivé très vite. Les résidents sont confinés. Les sorties des chambres ne peuvent se faire qu’un par un. Tous les jours arrivent de nouvelles contraintes, on doit s’adapter en permanence. Pendant plusieurs semaines, les visites étaient interdites. Les mesures sont très strictes, mais c’est pour le mieux, dans l’intérêt de la santé des résidents et des personnels. La semaine dernière, le 1er Ministre a annoncé la réouverture des visites, du coup il a fallu organiser tout cela, mettre en place toutes les conditions sanitaires pour accueillir les familles.

« Être chaque jour auprès de nos résidents, faire en sorte qu’ils ne sentent pas isolés, et tout faire pour enrayer l’épidémie, ce n’est pas un travail facile. »

Chaque matin, nous nous réunissons avec la direction pour faire le point sur les mesures. Le reste de la journée, je vais voir chaque résident, voir comment ils vont, je m’occupe de proposer des activités dans leurs chambres, individuellement. Évidemment, avec mes collègues, nous sommes tous équipés de protections. On n’a pas le choix, même si ça complique le travail. Pour quelqu’un comme moi qui sourit tout le temps, porter un masque c’est très dur.

En mars, on nous a fait cadeaux de tablettes, ce qui nous a permis d’organiser des visioconférences avec les proches des résidents. Nous avons aussi contacté des artistes qui ont bien voulu leur enregistrer des messages, leur montrer que les gens pensent à eux. Nous avons eu notamment l’actrice Léa François de « Plus belle la vie » ou encore le chanteur Agustin Galiana de « Danse avec les stars ». Avec la médiathèque de Bonneuil aussi, nous travaillons pour leur proposer des activités culturelles. On essaie de trouver toutes les idées pour garder le contact avec l’extérieur, qu’ils ne se sentent pas trop isolés, tout en les préservant.

Depuis la reprise des visites, la semaine dernière, je passe beaucoup de temps au téléphone avec les familles pour prendre les rendez-vous, leur expliquer les règles, notamment comment maintenir les distances de sécurité. À chaque visite, on distribue des masques aux visiteurs. Un matin, j’ai assisté à des retrouvailles très émouvantes entre un mari et sa femme que ne s’étaient pas vus depuis le début du confinement.
Aujourd’hui, je suis surtout inquiète pour la vie d’après. Le déconfinement risque de durer longtemps. En tout cas, tant qu’on n’aura pas trouver de vaccin. L’année dernière, nous étions allés en automne à Cezais avec un groupe de résidents. Cette année, ce ne sera pas possible.

Ceux qui travaillent dans les Ehpad, notamment les soignants, ont du mérite, et dans cette période, je pense, encore plus. Être chaque jour auprès de nos résidents, faire en sorte qu’ils ne sentent pas isolés, et tout faire pour enrayer l’épidémie, ce n’est pas un travail facile. D’autant que les Ehpad sont surmédiatisés, tantôt applaudis, tantôt hués. Il faut être conscient que depuis deux mois, nos équipes font un travail acharné.

Pour nous aider, je lance un appel aux dons. Dons de jeux de société, de magazines, ou tout autre idée, sont les bienvenus ! Aussi, si des Bonneuillois·es ont des talents de couturier·ère·s, nous cherchons des personnes qui pourraient nous confectionner des surblouses. Si vous êtes intéressés, vous pouvez prendre contact avec moi à l’Ehpad au 01 57 44 33 00.

Nadia Bouazzi, Ouahiba Mahmoudi et Noemie Moffront, agentes techniques d’entretien de la Ville de Bonneuil

« Oui, on a peur de venir travailler, c’est vrai, mais cela fait partie de nos missions. C’est pour la continuité du service public. »

Malgré le confinement, nous continuons à travailler, tous les jours, de 7h à 11h. Nous assurons nos missions habituelles de nettoyage, à savoir le dépoussiérage du mobilier et des sols, le nettoyage des sanitaires et des sols, le vidage des corbeilles à papier. Depuis l’épidémie de Covid-19, le travail est quelque peu différent. À ces missions traditionnelles s’ajoute la désinfection quotidienne des points de contacts : les poignées de portes, les interrupteurs, les claviers, les téléphones, les rampes, boutons d’ascenseur, avec de l’Apesin (un détergent désinfectant efficace contre le coronavirus, sans danger pour la peau). Nous vérifions également que les locaux disposent bien de produits hygiéniques (savon, serviettes…).

Aujourd’hui, nous travaillons dans les locaux municipaux de la mairie, des écoles, de la Police municipale, du service enfance, du service social, etc., pour que nos collègues puissent venir travailler sereinement, dans de bonnes conditions sanitaires. Tous les jours une équipe de 3 agents intervient par roulement deux jours, toutes les deux semaines.

Oui, on a peur de venir travailler, c’est vrai, mais cela fait partie de nos missions. C’est pour la continuité du service public. Et puis, nous avons tout ce qu’il faut pour travailler dans de bonnes conditions sanitaires : des blouses, des masques, des gants. Dans tous les locaux où nous passons, nous pouvons nous laver les mains et il y a à notre disposition du gel hydro-alcoolique. Travailler, nous permet aussi de sortir de la maison. Cela fait du bien au moral.

Laura Waag, professeure d’arts plastiques au collège Paul-Éluard

« Quand le confinement a été instauré je me suis demandé comment continuer à questionner les élèves sans tomber dans l’exercice du dessin. C’était important pour moi de capter l’attention des collégiens et de leur permettre de s’évader. »

J’enseigne depuis une dizaine d’années et j’exerce au collège Paul-Eluard depuis 2013 en direction de près de 450 élèves de la 6e à la 3e. Nous sommes deux professeurs d’arts plastiques au collège. Je suis engagée comme tutrice dans le suivi des professeurs stagiaires et également comme formatrice, notamment sur les outils numériques liés aux arts plastiques. Au collège, nous avions, avant le confinement, coutume d’utiliser la plateforme Pronote, créée par Index Éducation, pour échanger tout au long de l’année. Nous avions en plus souscrit à Pearltrees, une plateforme compatible avec le règlement de protection des données pour notre public mineur.

Quand le confinement a été instauré je me suis demandé comment continuer à questionner les élèves sans tomber dans l’exercice du dessin. C’était important pour moi de capter l’attention des collégiens et de leur permettre de s’évader.

J’ai décidé d’abord d’utiliser la vidéo sur ma page YouTube, pour expliquer les sujets plastiques en faisant parler les œuvres et en apportant des notions. Ainsi, avant les vacances de printemps, chaque classe a eu sa vidéo, également en ligne sur Pronote et Pearltrees, avec un sujet à étudier et une production à réaliser. Nous échangeons en visioconférences collectives, par niveau, ce qui permet aux élèves de se retrouver et bien sûr régulièrement par mail de manière plus individuelle.

Beaucoup d’élèves ne sont pas équipés d’ordinateur et pour certains, l’Ordival est en panne. Alors, j’ai créé une application spécifique, téléchargeable sur smartphone. On y trouve des sujets « Talents d’artistes ». Il y a une rubrique avec des explications sur les notions que l’on travaille en arts plastiques comme la couleur, la lumière, les formes ou encore l’espace. Une autre rubrique présente des sujets plastiques à réaliser. Ces sujets portent le nom d’un artiste et permettent d’en découvrir le travail. Les élèves sont ainsi invités à découvrir des artistes, des mouvements au gré de productions qu’ils réalisent. Ils gagnent ainsi des « cartes talents » qui leur seront distribuées à la rentrée. Globalement, les élèves apprécient ces dispositifs. Ils les utilisent aussi pour se détendre.

Nous attendons de savoir comment nous pourrons reprendre un enseignement avec les mesures de précautions sanitaires nécessaires. Si la reprise est « facultative » pour les élèves, il faudra poursuivre en partie l’enseignement à distance. Nous avons des outils qui vont nous permettre de faire la transition entre des modes présentiels et distanciels. Nous réfléchissons en ce moment avec les collègues à des plateformes communes. Nous repensons notre pédagogie. C’est le point positif de ce confinement…

Ahmet Bastu et Nejla Alaka, respectivement propriétaire et vendeuse de la boulangerie Maison Yasin

Nous avons gardé les mêmes horaires d’ouverture, du lundi au dimanche, excepté le mercredi, de 6h30 à 20h. Mais en ce moment, c’est calme, très, très calme ! Surtout les après-midis. La journée ne passe pas. Et puis, ce n’est plus la même ambiance. Les clients sont angoissés, on le ressent. Quand ils viennent, ils font des réserves pour plusieurs jours, pour ne pas avoir à sortir régulièrement.

« Nous perdons beaucoup d’argent avec cette crise sanitaire, et ce, chaque jour. Cela représente plus de la moitié de notre chiffre d’affaires. »

Avec les règles de distanciation et les gestes barrières, les clients font leurs achats et repartent aussitôt. Ils ne s’attardent plus. Nous n’avons plus trop souvent le temps de discuter ensemble. Alors qu’avant cette crise, c’était si dynamique. Très tôt le matin, les ouvriers des chantiers passaient acheter des viennoiseries en nombre pour les partager avec leurs collègues ; le service du midi marchait lui aussi très bien : les Bonneuillois qui travaillaient alentour venaient acheter leur déjeuner…

Autant vous dire que nous perdons beaucoup d’argent avec cette crise sanitaire, et ce, chaque jour. Cela représente plus de la moitié de notre chiffre d’affaires. Et puis avec ce confinement, les habitants cuisinent beaucoup. Du coup nous avons supprimé les sandwichs de notre carte. Franchement, c’est dur. D’autant que nous avons ouvert il y a un an et demi, et que tout ce que nous avons ici, a été acheté à crédit. Mais nous avons maintenu les quatre emplois. En attendant la reprise…

Malika Bousbaa, cheffe du service la police municipale

« Nous constatons en ce moment un certain relâchement de la part de la population suite au discours du Président qui a annoncé un début de déconfinement pour le 11 mai. »

Nous sommes actuellement trois agents de police municipale, un opérateur de vidéo-protection et une agente administratif en fonction dans les locaux de l’avenue du Colonel Fabien. Notre service reste fermé au public. Les Agents locaux de médiation sociale (ALMS) et les Agents de surveillance de la voie publique (ASVP) sont pour la plupart affectés aux portages de repas et à l’accompagnement des personnes âgées organisés par la Ville. Nous travaillons en partenariat quasi quotidien avec la police nationale qui est très présente à nos côtés.

Nous recevons et traitons de nombreux appels téléphoniques d’habitants qui s’interrogent sur leurs possibilités de sorties et qui nous témoignent de leur inquiétude face à des rassemblements en ville, notamment sur les terrains de sport.

Nous patrouillons tous les jours. Nous constatons en ce moment un certain relâchement de la part de la population suite au discours du Président qui a annoncé un début de déconfinement pour le 11 mai. Nous observons beaucoup de choses grâce à la vidéo-protection et nous intervenons en fonction de nos possibilités sur le terrain, dans les commerces qui ne respectent pas les mesures de distanciation et ici et là en ville. Nous contrôlons les attestations de sortie, nous sommes beaucoup dans la discussion, dans la dissuasion, quand des rassemblements ont lieu, notamment, sans masques, sans gestes barrière... Globalement, nous recevons un bon accueil de la part des Bonneuillois. Ils comprennent la situation. Les jeunes, par exemple, nous reçoivent agréablement quand nous allons à leur rencontre. Il n’y a pas d’agressivité. Ils sont conscients de la situation mais en effet, beaucoup continuent de ne pas se protéger pas …

Quand le service rouvrira au public, après que nous ayons envisagé toutes les précautions à poursuivre, nous recevrons en nombre limité. Pour les demande de cartes d’identité ou de passeports, par exemple, les rendez-vous devront être pris par téléphone, et provisoirement, pas en ligne. Nous aurons à désinfecter le matériel de prises d’empreintes à chaque passage, par exemple. Des plaques de plexiglas conçues par les services techniques municipaux ont déjà été posées dans nos locaux.

Olivier Gardelli, directeur de la MJC/MPT de Bonneuil

« Nous constatons une rupture importante du lien social. Nous aurons à reconstruire tout cela à l’issue du confinement. »

Une semaine après le début du confinement, toute l’équipe de la MJC s’est organisée pour envisager la manière de rester en contact avec les 170 adhérents. Nous avons d’emblée mis en place une organisation pour appeler tous les mardis et vendredis au téléphone, chaque famille, à raison de 10 par appelant. Dès qu’une personne nous faisait part d’une difficulté, nous sommes intervenus. Pour des courses, pour des médicaments à aller chercher, pour de la détresse physique ou pour des difficultés alimentaires. Nous avons fait le lien avec le comité local du Secours populaire et le service social de la mairie. 40% de nos usagers se retrouvent en sérieuses difficultés alimentaires… Nous avons aussi parmi nos contacts, des personnes qui vivent en hôtel social, pour qui le lien alimentaire ne peut plus être tenu, la restauration collective étant interdite notamment. Nous avons cette réalité là aussi à partager avec nos réseaux…

Sinon, nous communiquons sur la page Facebook de la MJC de nombreuses informations pratiques et nous proposons des ressources éducatives, des jeux, des reportages, des chansons…

L’équipe de la MJC est composée de 8 personnes. Nous avons instauré le télétravail et nous poursuivons le travail sur les projets que nous avions entamé : « Raconte moi Bonneuil » avec les habitants de la cité Fabien autour d’un projet de film, accompagnant la rénovation urbaine en cours du quartier. Nous projetons également une exposition de photos, toujours dans le cadre de ce projet qui prendra une autre dimension à la sortie de ce confinement, c’est sûr. Nous continuons à préparer la formation des jardiniers volontaires, avec le conseil citoyen, aux jardins partagés, assez mal en point aujourd’hui où les circulations sont empêchées et les relations sociales fortement impactées.

Nous constatons une rupture importante du lien social. Nous aurons à reconstruire tout cela à l’issue du confinement. Nous avons hâte de relancer les repas partagés, les animations… L’espace public est devenu désert, moribond, nous aurons du pain sur la planche. Nous attendons le 11 mai pour connaître les conditions de réouverture de l’équipement. Réunir les gens, c’est notre vocation…

Laurent Bardoux, opticien dans le centre ancien

« La reprise sera délicate sans masques. Il faut que l’État en fournisse. »

Je vais bien au point de vue de la santé, c’est déjà l’essentiel au vu de cette crise sanitaire sans précédent. J’espère aussi que mes clients sont en bonne santé. Pendant cette période de confinement, je suis venu quelques fois pour relever le courrier, arroser les plantes et voir si rien n’avait bougé. J’en ai profité pour réparer les lunettes cassées de clientes infirmières, de soignants d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, d’un chauffeur de bus... Mais avec le flop et la pénurie de masques, ce n’était pas évident. La reprise sera délicate sans masques. Il faut que l’État en fournisse.

J’espère que le 11 mai, date déclarée du déconfinement, sera la bonne date, mais il est sûr ce ne sera plus comme avant. Le respect des gestes barrières va entraîner une réorganisation du magasin et des ventes.

Dans un premier temps j’accueillerai les urgences sur rendez-vous puis progressivement tous les clients afin d’éviter les files d’attente à l’extérieur. Mais il ne faut pas s’attendre à une euphorie de la consommation. Elle ne va pas reprendre comme avant. Cela va s’étaler sur plusieurs mois. Il faudra encore attendre 6 mois je pense avant une éventuelle reprise de la consommation. Cette épidémie marquera tout le monde.

J’ai hâte de les revoir en bonne santé. En espérant satisfaire au mieux mes clients, je suis joignable au téléphone de la boutique aux horaires habituels.

DJP Optique
2 rue Ronsard
Tél. : 01 43 39 68 11

Jerome Bertin, 38 ans, chef cuisinier en mode confiné

« Je suis au chômage technique. C’est pour moi une grosse perte de salaire, mais on ne rigole pas avec cette crise sanitaire. »

J’ai totalement arrêté mes activités de restauration et d’animation sur Vincennes. Je suis au chômage technique. C’est pour moi une grosse perte de salaire, mais on ne rigole pas avec cette crise sanitaire. On ne peut pas encore prendre le risque d’ouvrir les restaurants. Les gestes barrières sont quasi impossibles à respecter dans la plupart des restaurants et puis les clients ne pourront pas manger avec un masque ! Les patrons devront piocher dans leur trésorerie. Combien de temps tiendront-ils ? Vais-je retrouver du travail ? L’état va-t-il nous aider ? Est-ce que les Français consommeront comme avant ? Les secteurs des loisirs et de la restauration seront très touchés et seront secondaires pour le portefeuille des Français.

En attendant la reprise de mes activités, je travaille sur la rédaction d’un guide de recettes culinaires antillaises. Des recettes créoles et caribéennes qui allient authenticité et innovation, qui voyagent aux quatre coins du monde. On y retrouvera des recettes comme celles du « Blaff revisite petite pêche », de la « Noisette d’agneau fumée à la paille coco », ou encore des « Ravioles de Saint-Jacques et velouté de banane poyo »… Le livre devrait paraître en octobre. Cela occupe déjà une bonne partie de ma journée.

Autre casquette en cette période de confinement : animateur et enseignant auprès de mes enfants. Avant cette épidémie, je travaillais 7 jours sur 7, je ne voyais ma fille de 11 ans et mon fils de 7 ans qu’en coup de vent. Là, je passe beaucoup de temps avec eux. Nous faisons des gâteaux, de la peinture, des animations diverses… C’est magique, c’est une opportunité de les redécouvrir. Ma femme, infirmière pour le compte du Département du Val-de-Marne, est en première ligne, auprès des médecins. Elle alterne télétravail et travail de terrain. Elle fait de la prévention santé auprès des enfants de 4 à 6 ans. Suite à cette épidémie, elle a été réquisitionnée pour mettre en place des protocoles « Gestes barrières » dans les structures et maisons d’accueils pour les jeunes de 12 à 16 ans. On a besoin de personnes comme elle pour gérer cette crise.

Avec cette crise sanitaire, j’ai pris du recul sur la vie d’après. Il faudra continuer sur cette lancée de solidarité et d’entraide, c’est hyper important.

Stéphanie Bialobos, psychologue au centre de Protection maternelle infantile Aline-Pagès

Je suis psychologue. Mon rôle consiste à suivre environ une vingtaine de familles, essentiellement du quartier Fabien, et à soutenir l’équipe en place. Les consultations sont gratuites pour les familles, car elles sont prises en charge par la Ville. Il s’agit d’une prise en charge très courte, une guidance. Les thérapies au long cours sont assurées au Centre médico-psychologique, mais les délais de prise en charge sont très longs comme pour l’ensemble des territoires.

Pendant le confinement, nous avons pu maintenir l’ensemble des consultations pédiatriques habituelles. Toutes les familles qui en émettaient le désir pouvaient prendre rendez-vous et venir à la PMI pour échanger et bénéficier d’un soutien. Les demandes étaient relayées par la puéricultrice, le chef de service et le médecin.

« Les 15 premiers jours de ce confinement, j’ai moi-même été confinée. Mon conjoint, réanimateur à la Pitié-Salpêtrière, était positif au Covid-19. Mais, j’ai tenu à revenir au plus vite à la PMI, tant il me semblait important d’être présente auprès des familles et des collègues. Mon rôle est d'assurer des consultations gratuites pour les familles, prises en charge par la Ville »

Nous avons également pu échanger avec les familles par téléphone et apporter un soutien renforcé aux familles hébergées à l’hôtel Cortel.
Nous avions une dizaine d’appels chaque semaine. Il y a toujours eu une continuité du service public local. Lors de ce confinement, les problématiques abordées lors des consultations n’étaient pas vraiment différentes de celles que nous traitons habituellement, à savoir l’interaction parents-enfants, les problèmes de sommeil, de rythme en termes d’alimentation, les problèmes d’attachement… Les familles qui ont souffert ou ont pu souffrir du confinement n’en parlaient pas tant que ça.

L’après confinement ? On verra ce qui se passera. Est-ce qu’il y aura un regain de demandes ? Quelles problématiques seront soulevées ? Là je recommence à donner des rendez-vous à la PMI. Pour tenir compte des gestes barrières et éviter que les familles ne se croisent, on espace beaucoup les rendez-vous. Avant l’épidémie, il pouvait y avoir, sur la journée du lundi, jusqu’à huit créneaux de rendez-vous. Là nous allons devoir passer à six. Idem pour les consultations du médecin.

PMI Aline-Pagès
1 rue du Docteur Aline-Pagès
01 43 39 74 03