Madame, Monsieur, cher·e·s concitoyen·ne·s,

Après un an et demi d’exercice du pouvoir, le Chef de l’État est confronté à une crise sociale majeure.

Le mouvement des gilets jaunes, le soutien très majoritaire dont il bénéficie, sont l’expression d’un peuple qui ne parvient plus à se faire entendre, qui ne veut plus faire les frais de l’austérité salariale et budgétaire, ni de la guerre économique mondiale que se livrent les puissants.

Dans ce contexte, j’avais tenu à inviter des citoyen·ne·s qui « tiennent » les ronds-points dans le cadre de ce mouvement aux traditionnels vœux du conseil municipal, et j’ai annoncé ce jour-là la mise à disposition d’un espace citoyen, avec un rendez-vous le matin du 2 février, pour débattre des doléances exprimées dans les cahiers du même nom ouverts à l’initiative de l’Association des Maires d’Île de France en décembre 2018.

À Bonneuil-sur-Marne, c’est dès le 11 décembre que j’avais invité à remplir ces cahiers en ligne et que j’en avais fait disposer des exemplaires aux accueils des services municipaux. Longtemps donc, avant que l’Élysée ne décrète « un grand débat national ». Dans les faits, ce grand débat national a déjà largement commencé, sur les ronds-points, sur les réseaux sociaux, à travers ces cahiers de doléances, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est très insuffisamment entendu par celles et ceux qui dirigent le pays.

La nouveauté c’est que dans une lettre adressée à chaque citoyen·ne, le chef de l’État d’une part entend fixer lui-même les termes de ce débat, d’autre part demande aux maires, qui n’ont aucunement été consultés et qui ont été longtemps ignorés depuis le début du mandat présidentiel, de jouer les intermédiaires, les relais entre le peuple et la présidence.

Que les choses soient très claires : l’initiative que je prends d’ouvrir un lieu d’échanges citoyens le 2 février de 10h à 13h dans les locaux de notre espace intergénérationnel Louise Voëlckel, rue du 8 mai 1945, n’a pas cet objectif de vouloir jouer les médiateurs, encore moins de contribuer à rabougrir le débat aux seules questions abordées dans la lettre présidentielle, bien au contraire !

Car celle-ci fait délibérément l’impasse sur d’autres questions qui sont au cœur des mouvements des gilets jaunes - celles et ceux qui occupent les ronds-points et toutes celles et ceux qui mettent un gilet jaune devant le pare-brise de leurs véhicules -, des gilets rouges syndiqué·e·s, des stylos rouges enseignant·e·s, des lycéen·ne·s et étudiant·e·s, des robes noires des personnels de la Justice…

Ainsi la question du pouvoir d’achat, des salaires et des pensions est au cœur du mouvement social actuel. Or elle ne fait même pas partie des quatre thématiques retenues par la lettre élyséenne ! Et concernant les finances publiques, le président n’évoque que de nouvelles baisses d’impôts et de dépenses. Pourtant les mouvements en cours, s’ils demandent bien l’arrêt des hausses des impôts indirects, exigent avec vigueur un renforcement des services publics notamment dans les secteurs qui en sont éloignés. Ils demandent aussi avec beaucoup de détermination la justice fiscale, revendiquent le rétablissement de l’ISF, posent la question de l’arrêt des cadeaux fiscaux aux grands groupes du CAC 40 tels le CICE, la « niche Coppé », la « niche Pécresse » et tous les dispositifs légaux qui permettent de déclarer dans d’autres pays des profits en réalité réalisés en France. Les gilets jaunes que j’ai rencontrés à Bonneuil demandent entre autres l’augmentation immédiate du SMIC de 260€ bruts mensuels et la taxation à la source des multinationales.

Par ailleurs, et même si je compte bien être présent à cette réunion avec les élu·e·s du conseil municipal, ce sera comme témoin, comme citoyen-maire, comme facilitateur du débat, ne serait-ce qu’en mettant le lieu et du matériel de sonorisation à disposition, ainsi que le contenu des cahiers de doléances remplis par les Bonneuillois·e·s. Je n’aspire pas en être l’organisateur ou l’animateur. Celles et ceux qui ont vocation à l’organiser et à l’animer sont celles et ceux qui sont dans l’action de samedi en samedi. C’est à elles et eux que je m’adresse pour leur dire :

« ce débat c’est le vôtre, c’est vous qui l’avez rendu incontournable, ne vous en laissez pas dicter les termes, participez-y avec toutes vos exigences prenez-y toute la place qui vous revient, vous en êtes les organisateurs et animateurs légitimes»

Voilà le message que je vais porter dans les jours qui viennent à celles et ceux qui souffrent et qui relèvent la tête, qui sont dans l’action, chaque semaine sur les ronds-points, dans les entreprises et les établissements.

Je leur donne rendez-vous, je vous donne rendez-vous, je nous donne rendez-vous :

Samedi 2 février à 10h

Espace Louise Voëlckel, rue du 8 mai 1945

Comptant nous y retrouver en nombre, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, cher·e·s concitoyen·ne·s, en l’expression de mes meilleures salutations.