Résistance : Bonneuil se souvient
À l’occasion de la Journée nationale de la Résistance du 27 mai, Bonneuil rend hommage à ses Résistants.
Figures de la Résistance à Bonneuil
Nous vous proposons les portraits de 9 Résistants, nés à Bonneuil, qui y vivaient avant 1940 ou pendant la deuxième guerre mondiale.
Neuf femmes et hommes qui se sont engagés dans la lutte face à l’oppression de l’Allemagne nazie, au mépris du danger et souvent, jusqu’au sacrifice ultime.
Nous revenons aussi sur la Libération de la ville de Bonneuil et la mise en place d’un conseil municipal provisoire, en 1944.
Né le 4 mai 1898 à Levallois-Perret dans les Hauts-de -Seine, Henri Arlès a été maire de Bonneuil de 1935 à 1939, puis de 1944 à 1971.
Mobilisé en 1919, membre de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC), il s’installe à Bonneuil en 1927. Il est alors employé aux Chemins de fer.
Adhérent au Parti communiste français depuis 1923, il est tête de liste aux élections municipales de 1935, à l’issue desquelles il est élu maire de Bonneuil. Il soutient alors ardemment la lutte des Républicains espagnols et rejette tout rapprochement avec l’Allemagne nazie, prôné par les futurs collaborateurs.
En février 1939, refusant de désavouer le Parti communiste, il est déchu de ses fonctions puis envoyé en séjour surveillé dans les Yvelines, en décembre de la même année. Mobilisé en janvier 1940, il épouse Sarah Dreux, le 2 mars, à Bonneuil.
Après la défaite de juin 1940, il s’enfuit et rejoint la Résistance dans les Alpes en juillet, où il est notamment en charge d’un réseau d’évasion. En 1941, le Parti lui demande de s’implanter à Paris pour installer une imprimerie clandestine.
À la Libération, Henri Arlès retourne à Bonneuil et devient président du Comité local de Libération, le 9 septembre 1944. Un conseil municipal provisoire de 18 membres est désigné. Il comprend 5 conseillers municipaux de 1939 et des dirigeants de la Résistance clandestine locale.
Le temps est à la réparation et Henri Arlès est de toutes les urgences de l’après-guerre : ravitaillement, accueil des prisonniers et déportés, collecte de sang pour les soldats, de vêtements pour les villes sinistrés…
Il est officiellement réélu maire de Bonneuil le 29 avril 1945. Jusqu’en 1971 et son retrait volontaire de la vie politique, il va profondément changer la ville, qui voit sa population passer de 2500 à plus de 14 000 habitants durant cette période.
L’esprit de la Résistance et ses valeurs – la liberté, la fraternité et le progrès - auront toujours guidé son action, jusqu’à sa mort, à 97 ans, survenue le 28 août 1995 à Créteil.
Née Sarah Dreux, le 28 mai 1901 à Lens (Pas-de-Calais), Sarah Arlès épouse en secondes noces Henri Arlès, le 2 mars 1940. Ce dernier sera élu maire de Bonneuil de 1935 à 1939, puis de 1944 à 1971.
Très active aux côtés de son mari, elle s’implique notamment auprès des anciens et de la jeunesse de la ville. Quand la guerre éclate, Henri Arlès est emprisonné, puis entre en clandestinité après son évasion.
Sarah Arlès prend alors la direction d’œuvres de solidarité sous-terraines, collecte des fonds et distribue des tracts en secret pour le compte du Parti communiste français. Elle est également agent de liaison.
À la Libération, elle prolonge cet engagement et devient responsable, pour le secteur de l’Est parisien, du retour des prisonniers et rescapés des camps nazis.
De 1947 à 1953, elle dirige la colonie municipale de vacances de Cezais, en tant que directrice et économe. De 1947 à 1958, les cantines scolaires fonctionnent sous son autorité. Elle organise également le repas des « Vieux » et la distribution de repas gratuits.
Elle meurt de maladie, le 29 mai 1964 à l’âge de 63 ans. Le conseil municipal lui rend hommage en juin 1964, en la faisant citoyenne d’honneur de la ville. La colonie de vacance de Cezais a pris son nom en 1966.
Né à Bannalec (Finistère) le 13 novembre 1898, Alexandre Guillou s’installe à Bonneuil, avec sa famille, en 1932 et exerce divers métiers (chauffeur, électricien, mécanicien…).
Militant communiste, en 1935 il est élu conseiller municipal sur la liste conduite par le maire historique Henri-Arlès. Mobilisé en septembre 1939, il est déchu de son mandat en tant que communiste, par décret, le 9 février 1940.
Après la défaite, il entre en Résistance dès le mois de juillet 1940, au sein du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, alors l’un des principaux mouvements de résistance intérieure, crée par le Parti communiste français. Il organise ses réunions clandestines chez un certain Raymond Brunelle (arrêté en juin 1940), qui vivait au 60 rue Montaigne à Bonneuil et diffuse des tracts avec le fils de ce dernier.
Alexandre Guillou est arrêté le 5 octobre 1940 et successivement interné dans deux camps de transit en France, à Aincourt puis Royallieu, jusqu’au 6 juillet 1942. Ce jour-là, il est transféré à Auschwitz en Pologne par un convoi ferroviaire avec 1175 autres hommes, dont 1100 communistes.
Il arrive dans le camp le 8 juillet 1942 et y décède le 4 novembre, à l’âge de 43 ans, vraisemblablement de maladie. Le 9 septembre 1944, son nom apparait symboliquement sur la liste des membres du Conseil municipal provisoire de Bonneuil avec la mention « conseiller municipal en 1939, déporté ».
En 1945, la rue du parc à Bonneuil est renommée rue Alexandre Guillou. Il est élevé au grade de sergent par arrêté le 24 octobre 1950. Son nom figure sur le monument aux morts de la commune.
Né à Paris le 15 février 1919, Raymond Taconet a passé une partie de son enfance à Bonneuil, rue du Regard (désormais rue Anne-Frank), entre 1926 et 1931.
Passionné d’aviation – il obtient son brevet tourisme à 20 ans – il est mobilisé dans l’armé de l’air en novembre 1939, au début du conflit. En juin 1940, refusant la défaite, il passe à Londres et s’engage dans les Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL).
Après une formation dans les écoles de la Royal Air Force (RAF), il est déclaré « apte à la chasse » en septembre 1941 et intègre le squadron 340 (appelé aussi groupe de chasse Île-de-France) en novembre de la même année, le premier groupe de chasse de la France libre formé en Grande-Bretagne.
Le 5 septembre 1942, au cours d’une offensive sur la Baie de Somme, lors d’un combat contre les appareils de la Luftwaffe, il disparaît avec 3 de ses compagnons d’armes, vraisemblablement au large du Tréport. Il était alors sergent-chef. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Raymond Taconet est décoré de la médaille militaire et de la médaille de la Résistance à titre posthume en 1947. Son nom figure sur le monument aux morts de Bonneuil et sur celui dédié aux 123 aviateurs disparus au cours de la Seconde Guerre mondiale, érigé au Tréport en 2022.
Né le 22 juin 1924 à Arras, Jean Belliart était le fils du receveur des postes de Bonneuil. Lui-même employé aux PTT lorsqu’éclate le conflit, il se rend régulièrement à Lisors (Eure), pour visiter son frère, réfugié dans cette ville afin d’échapper au STO (Service du travail obligatoire instauré par le gouvernement de Vichy).
À partir de janvier 1944, il rejoint la Résistance au sein du réseau de l’Organisation Résistance Armée (ORA). Le 23 août 1944, il fait partie d’un groupe qui attaque une compagnie de pionniers de la Wehrmacht cantonnée à l’abbaye de Mortemer, près de Lisors.
Suite à cette opération, les combattants restent sur place pour préparer une autre offensive le lendemain. Les allemands encerclent leur campement et 7 hommes sont faits prisonniers, dont Jean Belliart. Ils sont torturés puis fusillés. Il meurt dans sa 20e année.
Son corps est retrouvé le 30 août, avec ceux de 4 de ses camarades. Ils sont emmenés au cimetière de Lisors.
Jean Belliart est cité à l’ordre de la division (récompense militaire) en janvier 1945. Il est reconnu « Mort pour la France », homologué Résistant et décoré de la médaille de la Résistance, par décret du 24 avril 1946.
Né le 17 avril 1902 à Droux (Haute-Vienne), Jean Courivaud, artisan-maçon, s’installe à Bonneuil avec son épouse en 1930. Il y bâtit sa propre maison, rue du Rancy et construit plusieurs maisons à Bonneuil, dans le cadre de son activité professionnelle.
Engagé dans la vie communale, il est candidat aux élections municipales de 1935 sur la liste républicaine d’union commune. Mobilisé en 1940, il s’éloigne de Bonneuil quelques temps, après sa démobilisation en juillet.
C’est à compter de février 1944, revenu à Bonneuil, qu’il entre dans la Résistance, au sein du groupe Armor, de l’organisation civile et militaire. Il est chargé de la surveillance de l’activité et des déplacements des troupes allemandes, alors cantonnées dans le parc de Bonneuil, où se trouve un important dépôt de munitions.
Au matin du 25 août 1944, jour de la Libération de la ville, il est contrôlé par une patrouille allemande. Identifié, il s’enfuit en courant, avant d’être abattu d’une balle. Il s’écroule au niveau du 79 de l’avenue du Rancy.
En 1945, il est déclaré « Mort pour la France ». Son activité dans la Résistance est homologuée par le Secrétariat aux Forces armées, en octobre 1950. Il est inhumé au cimetière de Bonneuil.
Né le 6 juillet 1895 à Mâcon (Saône-et-Loire), Georges Ferrand s’installe à Bonneuil avec son épouse, Catherine Ferrand vers 1934, rue Pasteur.
Agent des lignes PTT, militant communiste, il est élu conseiller municipal sur la liste d’Henri Arlès en 1935 et quitte la ville pour Dijon puis Fixin, en 1937.
En 1941, il entre en Résistance et intègre le Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, un mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti communiste français en mai de cette année-là.
Il participe à de nombreuses actions clandestines – sabotage, transport de troupes et de matériels, camouflage d’armes, hébergement de Résistants – avant d’être arrêté sur dénonciation, le 15 février 1943.
En août suivant, après un passage par un camp de transit, il est déporté au camp de concentration de Mathausen-Gusen en Haute Autriche, où il est affecté à la construction d’avions. Il y meurt le 13 février 1944 à l’âge de 48 ans.
Il figure symboliquement sur la liste des membres du conseil municipal provisoire de Bonneuil installé le 9 septembre 1944, avec la mention « conseiller municipal en 1939, déporté ». Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Bonneuil et de Fixin. Il est décoré de la médaille de la Résistance française le 17 mai 1946, par décret.
Né le 26 octobre 1926 à Bonneuil, René Buisson a grandi à Thiviers, en Dordogne, à partir de 1928.
Le 6 juin 1944, le jour du débarquement, il entre en Résistance au sein du 15e régiment Franc-tireur et partisan, dans le nord de la Dordogne. Il participe à la libération des départements de la Dordogne et de Charente, prenant part aux combats à Périgueux, à Angoulême et au siège de La Rochelle.
En décembre 1944, il s’engage au sein du 108e régiment d’infanterie, avant de rejoindre le 129e, quelques temps après. Il meurt le 3 septembre 1945, à Rheinstein, en Allemagne.
Reconnu « Mort pour la France », son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Bonneuil.
Née, Catherine Ducroux, le 30 octobre 1892 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), elle épouse Georges Ferrand, agent des lignes PTT et s’installe avec lui vers 1934 à Bonneuil. Il est élu conseiller municipal en mai 1935, sur la liste du maire Henri Arlès.
Établi à Fixin, en Côte-d’Or, à partir de fin 1937, le couple est actif dans la Résistance dès 1941. Leur domicile sert de PC et d’entrepôt de munitions et d’explosifs.
Arrêtée avec son mari le 15 février 1943, Catherine Ferrand est séparée de lui et transférée, par convoi, vers le camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne, en janvier 1944. Là-bas, les détenues sont affectées à des fabriques de munitions, de moteurs d’avions ou d’armement, et à des travaux de terrassement.
En avril 1945, elle est libérée avec près de 300 autres femmes et transférée en Suisse, puis en France, dans le camp de transit d’Ambilly, en Haute-Savoie. Elle meurt à l’hôpital, le 25 avril 1945 à l’âge de 53 ans.
En 1949, elle est reconnue « Morte pour la France ». Son nom figure sur les monuments aux morts de Bonneuil et de Fixin.
Au mois d’août 1944, les forces alliées et les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) atteignent la région parisienne. À Bonneuil, ce sont les FFI qui entrent les premiers dans la ville encore occupée, le 21 août, menés par le commandant Joyen. Ils s’emparent de la mairie et ordonnent à l’exécutif en place de transmettre ses pouvoirs à un Comité Local de La Libération, constitué de 6 membres, issus pour la plupart des réseaux de Résistance : Serge Dumas, Henri Poirson, Marcel Jansson, Yvonne Pouget, Jean Lacaze et René Belliart.
Le 24 août, des troupes allemandes arrivent en renfort et s’installent dans le château et le parc du Rancy. Les combats avec les américains, venus par Choisy-le-Roi, sont âpres. Ils durent jusqu’au milieu de la nuit et reprennent le matin du 25 août. Plus tard ce jour-là, 5 habitants sont pris en otage par l’occupant. Ils parviennent heureusement à s’échapper, alors que les allemands, mis en déroute, font sauter le dépôt de munitions qui se trouvait dans le parc.
Dans la journée, les canadiens entrent à leur tour dans Bonneuil, officiellement libre.
Des dizaines de Bonneuillois prennent part aux affrontements, armes à la main, et seront recensés comme combattants FFI, ayant participé à libérer la commune. Deux personnes trouvent la mort durant les combats : le bonneuillois Jean Courivaud et le gardien de la paix Pierre Raunet. Trois autres sont blessées.
Le 9 septembre 1944, le Comité Local de la Libération, dont la présidence est désormais assurée par Henri Arlès, en sa qualité d’ancien maire, désigne les 16 membres du conseil municipal provisoire de la commune. Outre Henri Arlès et les 6 personnes précédemment citées, il comprend : Raymond Brunelle, Georges Ferrand (conseiller municipal en 1939, mort en déportation), Alexandre Guillou (conseiller municipal en 1939, mort en déportation), Maurice Gentie, Pierre Lefevre, Georges Pouget, Louis Lafarguette, Émile Le Guillou (secrétaire de syndicat, déporté) et Louise Grandjean.
Le 29 avril 1945, les élections municipales confirment Henri Arlès et ses conseillers dans leur mandat.
Les années, les décennies passent et Bonneuil n’oublie pas ses enfants et ses habitants, femmes et hommes, qui se sont engagés contre l’oppresseur nazi, parfois jusqu’au sacrifice ultime. Leur courage est une inspiration encore aujourd’hui et pour les générations à venir.