Parce que la ville du 21e siècle ne peut plus se penser dans une dimension strictement urbaine, la nature intègre aujourd’hui pleinement le projet de ville et progresse même dans une commune pourtant localisée au cœur du Grand Paris. État des lieux.

«À quoi bon avoir une maison si l'on n'a pas de planète acceptable où la mettre ? »

Henry David Thoreau, poète et naturaliste, 1848.

Une question qui se pose plus qu’ailleurs dans une ville comme Bonneuil, située en pleine zone urbaine dense, où 79% des habitant·e·s résident en appartements. Selon un sondage de l’institut Kantar Public réalisé en 2017, 50% des Bonneuillois et Bonneuilloises estiment que le cadre de vie et l’environnement doivent être des priorités de l’action municipale. Une préoccupation majeure, confirmée par un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui met en lumière les bienfaits des espaces verts pour la santé, en termes de réduction du stress, d’augmentation de l’activité physique et de réduction de l’exposition à la pollution de l’air et au bruit, pour ne citer que quelques-uns des facteurs nuisibles du milieu urbain.

Comment cette préoccupation se traduit elle à Bonneuil ? Les collectivités, les associations locales ainsi que des acteurs économiques tels que le port, agissent de longue date pour offrir des espaces verts riches, diversifiés et accessibles à tous. Depuis notamment la préservation des jardins du château par Henri Arlès (maire de 1935 à 1971) devenus le parc du Rancy et confiés aujourd’hui au Département, jusqu’à la renaturation imminente du Bec de canard, qui abrite les dernières berges naturelles de la Marne en Val-de-Marne.

Lauréate du label « 3 fleurs » au concours des villes fleuries depuis 2002, la commune compte en 2020 : plus de 70 hectares d’espaces verts et naturels (tous entretenus à 100% sans produits phytosanitaires), 4 057 arbres, 600 massifs et jardinières florales, etc. Avec la rénovation urbaine à l’œuvre depuis 2010, chaque quartier dispose désormais d’espaces arborés et fleuris divers, revalorisés ou restitués. Un projet de coulée verte à travers toute la ville a été engagé, avec la création notamment d’un verger au cœur de la ZAC Aimé-Césaire et d’un autre dès le mois de février au quartier République.

Mais à Bonneuil, les espaces verts ont plus qu’une dimension environnementale. Parce que ces lieux sont propices à la sensibilisation à l’environnement et au développement du lien social, ils sont aussi espaces d’initiatives et d’animations: festives, culturelles, sportives ou encore éducatives. À l’image des jardins collectifs qui fleurissent un peu partout dans la ville : à la cité Fabien, au quartier Saint Exupéry, au sein des écoles élémentaires, des crèches, d’associations comme la MJC, etc. À l’image encore du carnaval et de la Fête du jeu organisés chaque année au parc du Rancy, ou encore de la Fête de la ville dans le grand parc Fabien.

Terreaux de lien social et d’éducation populaire

Sensibiliser les habitants aux enjeux écologiques tout en développant la vie de quartier et le vivre ensemble, tels sont les autres enjeux de la nature en ville. Ces dernières années, jardins ou vergers partagés, cultivés en pleine terre ou en bacs, ont germé dans les quartiers, les écoles et les équipements municipaux.

Pour contribuer à l’embellissement du cadre de vie et à l’apprentissage de l’environnement aux enfants, le service municipal de l’environnement travaille de concert avec les accueils de la petite enfance, de l’enfance et de la jeunesse ainsi que les enseignants. Les projets en cours ou à venir ne manquent pas.

Quatre nichoirs ainsi que des kits de plantation viennent d’être livrés à la maternelle Cotton B1. Le directeur de l’école a pour projet de travailler, avec les enfants, sur huit bacs hors sol, qui seront installés en mars 2020. Dans le cadre des ateliers d’accompagnement à la scolarité, les élèves, animateurs et enseignants des écoles Romain-Rolland élémentaires sont associés à un projet de jardin éducatif, comme l’explique le responsable des ateliers d’accompagnement à la scolarité, Gérald Bourgeois. À la crèche municipale Odette-Raffin, un jardin pédagogique, créé en 2017, a vocation à favoriser l’autonomie, la responsabilisation, l’attention, la patience, la découverte des cinq sens, des éléments (eau, terre, soleil). Un potager ainsi qu’un jardin d’ornement ont été également plantés à l’école Langevin-Wallon, visibles depuis la rue Alexandre-Guillou.

Avec la création des jardins partagés, nichés au cœur des cités Fabien et SaintExupéry, l’agriculture urbaine permet aux Bonneuillois de cultiver des légumes bio, de renouer avec le travail de la terre et de recréer du lien social. Tous ces beaux jardins sont en sommeil à l’heure qu’il est. Rien de plus normal en hiver. Certains jardins ou parcelles sont escamotés par du carton pour les aider à passer au mieux l’hiver et le gel. Mais, ici et là, les jardins sont désherbés, labourés et préparés pour être semés aux mois de février, mars. Ils ne manqueront pas de s’épanouir et d’embellir Bonneuil le printemps venu…

Ce qu'ils et elles en disent

Point de vue de l'élu

Face aux vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, à la perturbation des écosystèmes, aux inondations, tempêtes et mauvaise qualité de l’air... La ville de demain ne peut plus être conçue seulement de façon urbaine. Elle doit être plus écologique et donc plus végétale. Le retour à la terre et à la nature sont inexorables. La nature en ville c’est notre ressource bien-être, une thérapie, dont les bienfaits sur la santé, la baisse du stress sont attestés par de nombreux travaux scientifiques. La ville de demain doit privilégier les espaces verts et fleuris, favoriser la biodiversité autour de nos lieux de vie...

Aussi, dès aujourd’hui, les acteurs publics doivent accélérer la dynamique engagée autour d’îlots de fraicheur avec la végétalisation des quartiers, la création de liaisons vertes, la renaturation des cœurs de ville, rapprocher les habitants d’espaces verts de qualité, abandonner les pesticides pour faire revivre la biodiversité (comme nous l’avons fait à Bonneuil), mener des actions pédagogiques pour sensibiliser à l’environnement, rouvrir les rivières et les rus, développer et préserver les jardins potagers collectifs, renforcer le rôle de réserve de biodiversité des haies et jardins, renaturer les espaces inutilisés des bâtiments collectifs, des cours d’écoles et parkings… Et faire de l’arbre et de la nature de vrais alliés dans notre lutte contre la chaleur et la pollution… C’est cela la ville de demain.

Sabri MEKRI, Adjoint au maire délégué au cadre de vie.